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18.11.2010 par Flo.
Je l’ai déjà raconté ici je crois, ma chère maman à moi a loupé sa vocation de documentaliste.
Ce qui fait que régulièrement, je reçois avec ses mails des pièces attachées, articles scannés, photos ou autres pépites trouvées dans les journaux qu’elle lit, et susceptibles de m’intéresser. Sur les sujets qui me tiennent à coeur, les gens que je connais, les événements marquants de ma région natale.
Je vous passe la pile d’articles découpés et soigneusement conservés physiquement pour mes visites. Et qui ne valent pas forcément un envoi mail, mais qui sont posés sur le lit à mon arrivée. J’ai de la lecture pour mes vacances.
L’autre jour donc, je reçois de sa part un article sur la nouvelle conservatrice d’un musée qui commence à être connu et se situe à 2 pas de chez mes parents. Que j’ai un petit peu fréquenté, étant à l’époque très proche du milieu Histoire de l’Art et étudiants associés.
Commentaire de ma maman “tu dois connaître cette fille, au moins avez-vous dû vous croiser dans les couloirs de la Fac, elle a ton âge et a suivi quasiment ton cursus”. Et belle photo juste à côté d’une jeune femme classe, robe noire, chignon et beau diamant.
Ah ben oui. Ca oui, je la connais. Reconnais du moins. Je me souviens bien de son prénom, plus du tout de son nom qui n’était pas celui de la légende, mais “maman de 2 petites filles” me suggère bien qu’un mariage et un changement de nom de famille sont passés par là, et qu’importe après tout.
On se croiserait aujourd’hui dans la rue, on ne se claquerait sans doute pas la bise, et j’ignore même si elle se souviendrait de ma tête et de mon prénom.
J’ai longuement regardé cette photo, partagée par les sentiments difficilement explicables qui m’habitaient. Déjà, j’avais beau savoir que cette femme avait le même âge que moi, rien que l’idée de l’appeler “femme” signifiait que j’acceptais qu’on m’appelle de la même manière aussi, et ça me semblait totalement incongru. Si j’avais dû me représenter à sa place, je me serais attendue à une photo d’une adolescente d’une vingtaine d’années, pas bien dans ses baskets et sûrement pas photogénique, encore moins en robe noire et chignon.
Et puis ce genre d’apparition, de référence à ma jeunesse, ça pointe du doigt tous les carrefours que j’ai pris, qui ont fait qu’aujourd’hui je suis au poste que j’occupe, dans le pays que j’ai choisi. Autrement dit: après les études que j’ai suivies, clairement pas le “boulot type” et “lieu imaginé” qui aurait collé à la définition première.
Pas un instant, pas une nannoseconde, je ne peux imaginer revenir sur mon exil. Choisi. Assumé. Douloureux bien des fois, mais conscient et volontaire. Ce choix de changement de pays était une telle évidence dans ma vie que je suis totalement incapable de me projeter adulte et à mon âge, dans mon pays natal. C’est tellement puissant que je ne sais pas comment l’exprimer autrement.
Sauf dans ces situations. Où en quelque sorte, on me pose devant les yeux un univers parallèle. Ces articles, ces images, me disent “tu vois, si tu étais restée, c’est ce que tu aurais pu être. Devenir. Ou du moins, dans cet univers-là que tu aurais gravité. Tout ce réseau social que tu as abandonné”.
Encore une fois, si je dois formuler un seul regret, il peut sans doute que concerner une forme d’échec professionnel. Qui ne devrait pas durer d’ailleurs et je l’espère, si enfin je me décide à me mettre en route. Mais nullement un échec personnel. C’est juste cette sensation très perturbante de schizophrénie, ou dédoublement du passé/présent, qui me donne un drôle de goût dans la bouche, et une drôle d’impression. Ni positive ni négative.
Comme un énorme point d’interrogation….
Posté dans Il était une fois..., états d'âme, renaissance | 8 commentaires »
24.8.2010 par Flo.
Pendant cette semaine quasi volée au temps, j’ai emmené mon cher et tendre à la découverte d’une région qu’il ne connaissait pas vraiment.
On s’est concoctés un joli roadbook prétentieux, en se demandant à peu près à quelle étape la moto nous montrerait des signes de faiblesse. Dans mes prévisions personnelles, je n’ai pas été trop loin de la vérité.
On a fait un joli mélange d’étapes amicales, familiales, amoureuses. Des coins connus, d’autres moins.
J’ai remis mes pas dans ceux de la petite fille que j’étais; ou plutôt, la toute petite fille, la plus grande fille, la jeune adolescente.
J’ai fait découvrir à mon amoureux les lieux de mon enfance. Ceux qui ont accueilli mes premières baignades, mes émerveillements, mes souvenirs de vacances. Une région qui m’est si familière et qui a tant changé, malgré tout.
Pour la première fois, je la voyais au travers de ses yeux surpris et conquis. Et j’ai à nouveau pris conscience de la chance immense que j’ai eue.
Etrange sensation de familiarité et nouveauté mêlées…
Et puis un constat aussi, celui déjà posé ici il y a très peu de temps, et confirmé par ce simili pélerinage: il y a quelque chose qui me manque: j’aime la paix et la douceur du paysage méditerrannée, mais j’aspire à plus de puissance, plus de force, plus d’éléments déchaînés et incontrôlables. Je peine désormais à trouver du charme dans les doux valonnements saturés de villas qui rivalisent de colonnades et grandeur de piscine. J’ai mille fois béni notre facilité à nous faufiler dans les interminables files et bouchons à chaque sortie ou entrée de localité. Le moindre kilomètre parcouru là-bas se compte maintenant en demi-heure de trajet, et j’ai infiniment de compassion pour les locaux qui endurent cela à l’année.
Je ne suis pas dupe non plus. Ce n’est pas parce qu’on passe de la mer à l’océan que d’un coup, les touristes sont moins nombreux, et les paysages moins pris d’assaut. Mais j’ai assisté, un peu triste et nostalgique, à la disparition progressive des joyaux exceptionnels qui ont composé les images et les photos de mon enfance. Avalés par le béton, les voitures, les incendies, l’alignement des serviettes de plage, voiliers remplacés par des hors bords de plus en plus grands et bruyants.
Une fois encore, lucide, je me suis dit que ce que je voyais était bien aussi le reflet de mes changements intérieurs…
L’une des nombreuses pépites révélée au détour d’un sentier du littoral, lorsque lassés par la prise d’assaut de notre mètre carré de plage, nous avons cédé notre place aux convoiteurs, et sommes partis à la découverte de la côte.
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29.7.2010 par Flo.
Pour la première fois, peut-être parce que je grandis, et prends réellement pleinement mon indépendance (y a-t-il un âge pour se libérer de sa famille?), ou alors parce que ces vacances ont été particulièrement denses en trajets, lieux différents et organisations diverses, je comprends les choix qu’ont fait mes parents pour les vacances qu’ils ont passées avec nous.
Ces vacances qu’ils nous ont offertes, tout au long de notre enfance à mon frère et moi, et pendant lesquelles, comme bien des enfants, nous avons construit de si beaux souvenirs.
Ils n’avaient que peu de vacances. 1 semaine de moins légalement là d’où je viens qu’en France; déjà, ce n’est pas beaucoup. De par son enfance et ses besoins, mon père tenait également à être au bord de la Méditerranée.
C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés plusieurs années d’affilée en Italie ou Tunisie essentiellement, et dans ces fameux clubs à la marque au trident si bien connus pour leur formule ”tout compris”. 15 jours de pure détente, quelques visites dans la région (soit que nous la connaissions déjà, soit en nous y baladant après, ou pendant le séjour), mais surtout 15 jours où mes parents arrivaient avec leurs enfants sous le bras, déposaient et défaisaient les bagages le 1er jour, nous donnaient les instructions, et ne s’occupaient que du strict minimum jusqu’au moment de refaire les valises. Nous étions libres de nos mouvements, de nos décisions: activités avec ou sans eux, leur donner quelques indications de nos intentions, mais c’était tout.
De tout ce qu’ils nous ont offert à cette époque, je les remercie infiniment. Ces années m’ont permis d’expérimenter et découvrir des activités que je n’aurais jamais pu faire en d’autres lieux ou d’autres circonstances, ou que je n’aurais pas eu le courage d’entreprendre, ou pas eu les moyens de m’offrir: catamaran, planche à voile, plongée bouteille, trapèze volant, rollers sur obstacles pour les plus marquants, mais tant d’autres encore.
Aujourd’hui, ce n’est clairement plus ma conception des vacances. Je peine infiniment avec l’instinct grégaire humain, je n’arriverais pas à me cloîtrer au même endroit pendant 15 jours et surtout, je crois que je ne supporterais plus l’ambiance joyeux drilles version Bronzés des lieux. Et puis de façon plus concrète aussi, je n’aurais pas les moyens de m’offrir de telles vacances.
Par contre, je comprends très bien les préoccupations de mes parents. Ou plutôt: leur souhait d’absence de préoccupations. Toute l’année, travaillant tous les 2 et avec 2 enfants à gérer, comme bien des familles, c’était un peu l’enchaînement boulot-dodo, repas, intendance générale, courses, respecter les horaires, les devoirs à superviser, les activités du mercredi après-midi, le partage détente-obligations les week-ends.
Alors l’été, en Juillet, ils disaient stop. Pas envie de se prendre la tête sur le menu, ni savoir si les enfants mangent bien ou non, ni s’ils avaient leur quota de légumes ou fruits. On voulait des pâtes et des frites à tous les repas? Bien, avec une ou deux remarques parce qu’on mangeait quand même tous ensemble, il n’y avait pas d’autres représailles, on jouait à ça les 3 premiers jours puis on se lassait de nous-mêmes. Pas de sieste? Qu’à cela ne tienne, la consigne à respecter était “pas de plage aux heures les plus chaudes, restez à l’ombre, si vous voulez vous épuiser en pleine heure caniculaire, c’est votre affaire”. Et ainsi de suite.
Cette année, j’ai senti peser le poids de l’intendance sur nos vacances. J’ai presque honte de l’avouer, car pendant une semaine quasi entière, chez mes parents, je n’ai clairement pas été celle qui a choisi les repas, ni fait de suggestions. Mais j’ai eu à coeur d’aider ma mère à la cuisine, de participer au maximum, et d’alléger le triplement des obligations (acceptées avec bonheur de leur part bien sûr, ils étaient si heureux de nous voir tous les 3) qui pesaient sur leurs épaules.
Et le reste du temps, mon fichu caractère et mon souhait permanent de faire “au mieux” au point de parfois (souvent) d’en faire bien trop, faisait que j’essayais de planifier au maximum pour contenter à la fois les envies, mais aussi un certain équilibre alimentaire et financier.
Tout ceci fait partie de mon apprentissage accéléré de belle-mère (je lance un appel général pour remplacer cette affreuse et terrible expression que je n’assume pas du tout et trouve détestable), de mon apprentissage à moi aussi: prendre de la distance, accepter les failles, et surtout privilégier la détente parce que ce n’est quand même pas super efficace d’être en vacances et d’avoir les mêmes rythmes et contrariétés que pendant le reste de l’année.
Alors oui, aujourd’hui je comprends ces raisons-là dans les choix de mes parents. Je comprends enfin leurs explications: “on veut juste 2 semaines où on peut ne penser qu’à nous. Et partager avec vous plein de belles choses, mais rompre le quotidien, et la frénésie du programme hebdomadaire”.
Moi, j’aimerais m’attacher à cette rupture tout au long de l’année, déjà. Mais j’aimerais aussi savoir combiner de belles vacances en vadrouille, et faire la tambouille sans prise de tête et sans planifier…
On fait un bilan en 2011?
De branche en branche, avec une aisance qui nous a époustouflée, elle s’est déplacée en apprivoisant mousquetons et poulie. Elle n’attend que d’y retourner et faire le parcours “des grands”….
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10.5.2010 par Flo.
Ce week-end, Miss Blondinette a perdu sa première dent, alors que nous faisions les folles ensemble sur le canapé.
Ca faisait un moment que l’événement s’annonçait, mais quand même, les probabilités pour que ça lui arrive chez nous étaient quand même moindres.
On n’aura eu cependant que la moitié de l’histoire. Elle l’a perdue dimanche, c’est donc chez sa maman que la petite souris est passée, pour sa première pièce. On l’appellera pour savoir comment ça s’est passé.
Du haut de ses 6 ans et 3 mois, elle croit très fort à la petite souris. Tout comme elle semble encore croire au Père Noël, mais on ignore si ça durera jusqu’en Décembre. Elle n’est pas encore au CP, les affirmations péremptoires des “plus grands” qui veulent imposer leur supériorité ne sont pas encore passées par là. Ou alors, elle a de chouettes copains qui cultivent son innocence (ce que je lui souhaite).
C’est amusant et je ne l’imaginais pas, mais cette étape de première dent m’a beaucoup émue. Je serais incapable de raconter comment j’ai perdu ma première dent, où, à quel âge (ni la 2ème, ni les autres, sauf celles que j’ai dû sans doute laisser chez le dentiste et encore), mais là, assister à cet événement, ça m’a remuée.
C’est que je la vois grandir, la bougresse. Je commence à avoir un petit peu de recul, 2 ans que nous partageons quelques week-ends et la moitié des vacances, 2 ans que je la vois pousser de la toute petite fille encore bébé, qui buvait le biberon et faisait la sieste, à la nénette qui s’interroge sur la vie, les humains, mais qui cultive encore ses rêves de princesses (et qui dit en rigolant et en sortant du magasin “la vendeuse m’a appelée bébé, pffff, je ne suis plus un bébé maintenant”!)
Ce week-end, elle nous a déclaré que là, elle ne parlait plus trop aux animaux. Ca aussi, ça m’a fait un petit coup au coeur. Pourtant, je suis la dernière à jouer à ces jeux d’imagination, je peine à rentrer dans les inventions, moi qui avais l’esprit si fertile à son âge, je me sens très bête, très adulte, très rigide et très briseuse de rêve lorsque je l’entends partir dans ses petits délires, et que je suis incapable de prendre le train en marche.
Mais là, nous devisions sur les habitants des zoos, c’est moi qui ai décrété que de tout façon elle parlait aux animaux, et elle a sorti comme ça, comme un constat, une évidence: “oh non, plus trop maintenant. A part peut-être les chats, les chiens et les oiseaux, mais bon”…
Ah, ouf, on était sauvés.
Elle grandit, et j’ignore si je grandis ou si je rajeunis en la regardant. Mais je me surprends plusieurs fois, en la contemplant, à me demander quelle sorte de jeune fille elle fera, et peut-être même à me réjouir de le savoir. Pas de l’impatience, non, de la curiosité…..
Silhouette dans le clair-obscur…. (”La silhouette, c’est ce qu’il y a sur les toits pour montrer le vent”, nous dit-elle ce week-end, en confondant avec girouette…)
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17.3.2010 par Flo.
Cette idée de billet, renouvelable et répétable à souhait, m’est venue parce qu’en quelques jours d’intervalle, j’ai eu de petits flashs qui m’ont rappelé des souvenirs d’enfance. Et j’ai essayé de renouveler l’exercice pour les 5 sens.
Ceux-ci ne sont que de petits détails, parmi les premiers qui me viennent à l’esprit, mais si je m’interrogeais demain, dans 1 mois ou dans 1 an, d’autres ressurgiraient encore…Et pourquoi pas en refaire une note.
Ou alors, à votre tour?
Le goût
Il y a cette tourte cuisinée ce week-end, de la pâte en trop, et le brusque souvenir, si présent, des gestes de ma mère: aplatir les quelques centimètres carrés restant, au plus fin, sortir le pot de confiture, en déposer une petite cuillère au milieu, replier en chausson, passer au four, laisser dorer. Caraméliser, car la confiture débordait très légèrement.
Nous nous battions, mon frère et moi, pour en manger le plus possible, de ce tout petit chausson fait à la va vite. Les jours de chance, lorsqu’il restait bien assez de pâte, nous en avions un chacun, mais c’était rare.
Je me souviens de ce tout petit dessert, bien plus délicieux que toutes les grandes compositions servies. Et ce week-end, j’ai retrouvé les gestes de ma mère, j’ai confectionné ce petit chausson, je l’ai laissé griller au four, je l’ai servi à mon homme et à Miss Blondinette. Fière d’avoir retrouvé, et perpétué la tradition. Je n’ai pas voulu le goûter, non, car en les regardant le savourer, j’avais encore dans la bouche, le goût de la confiture brûlante que nous ne voulions pas laisser refroidir, tant nous avions hâte de la manger.
L’odorat
Le dimanche midi, après le repas, mes parents faisaient le café, dans la vieille cafetière italienne qu’ils ont toujours. “Tu vois, tu mets de l’eau jusqu’à la vis, ensuite le filtre et le café, tu ne tasses pas trop. La plaque doit être chaude, tu surveilles bien, au moment où ça siffle, tu enlèves, vite, sinon ça crame le café, tout est bon à jeter”.
Peu à peu, l’appartement embaumait de cette odeur incroyable. Et s’élevait le chant de la cafetière.
Mon père se mettait au salon, devant la fenêtre qu’il ouvrait (même en hiver, les dimanches où le soleil perçait et qu’il faisait doux). La tasse fumante à côté de lui, il allumait sa pipe, et je savais que c’était le moment de repos, de tranquilité. Il lisait le journal, le visage exposé aux rayons du soleil, ce tableau est encore présent à mes yeux, dans une immense douceur, et je humais l’odeur du tabac, mélange boisé et caramélisé.
Cette odeur, je la retrouvais lorsque j’avais la chance d’aller le voir au travail, dans son bureau. A peine sortie de l’ascenseur, je sentais le plastique et la moquette des bureaux, et en avançant dans le couloir, l’odeur de la pipe prenait peu à peu le dessus; je savais que mon père était là, avant même de le voir. Il avait terminé son repas en fumant, et laissé derrière lui sa marque, sa trace.
Aujourd’hui, il a arrêté de fumer, mais en croisant cet homme dans sa voiture, la pipe à la bouche, j’ai eu une bouffée de nostalgie. Le vrai parfum de mon père, c’était son tabac…
La vue
Montagnes enneigées ou vertes et brunes se reflétant sur le lac. Aujourd’hui, en fermant les yeux, en cherchant un lieu ressource, un lieu de paix et d’harmonie, lorsque je dois faire redescendre les battements de mon coeur, lorsque je dois me détendre, lorsque je dois m’apaiser, c’est ce tableau qui se dessine à moi, celui que j’avais chaque matin en me levant, en ouvrant mes stores: le lac miroitant, argenté ou bleu turquoise, les Alpes au fond, dans la brume ou se découpant comme de la dentelle sur l’horizon. Le soir, au crépuscule, les petites lumières des villes d’en face s’allumaient une à une, et nous voyions les guirlandes des bateaux qui se promenaient sur l’étendue aquatique.
J’ai cessé de lutter: mes fonds d’écran sont des sommets montagneux, qu’ils soient de chez moi ou d’ailleurs. Mon apaisement se trouve en altitude. Et comme depuis ma tendre enfance, ces 2 lieux sont indissociables, je trouve dans l’eau autant de quiétude et de bonheur…
L’ouïe
Du printemps à l’automne en extérieur, l’hiver en intérieur, et le bruit des balles dans la raquette, contre les murs, dans les filets. Ces “ploc” que nous entendions avant d’arriver au club, les points égrénés sur les différents cours, quelques applaudissements ou commentaires évoqués à haute voix sur un coup gagnant, un cri de frustration lorsque la balle ne se pose pas là où elle veut.
A peine ai-je su marcher que j’ai eu dans mes mains une raquette de tennis, en plastique. Au grand désespoir de mon père, et malgré ses tentatives répétées, je n’ai pas eu le sens de la compétition, ni l’envie de m’acharner dans ce sport. Mais retourner au club, c’était signifier l’arrivée du printemps, de la chaleur. On ressortait les shorts, les petites jupes, la chaleur du soleil sur notre peau, la sueur après une partie. Tous les week-ends, nous y faisions au moins un passage, je regardais mon père jouer, j’étais fière de le sentir respecté, admiré par tous les autres joueurs, j’étais “fille de…”. Je fermais les yeux, derrière les grillages, au bruit que faisait la balle, je pouvais savoir si c’était lui qui frappait (léger soin métallique d’une balle frottée en douceur et dans la finesse) ou son adversaire (son plus mat, plus brut, plus en force).
Tintements des verres au bar, discussions discrètes et chuchotées, baskets frottées ou tapées pour retirer la terre ocre qui collait, autant de sons qui ont bercé les week-end de mon enfance, mon adolescence, et que je me plais à retrouver de temps en temps, lorsque j’y retourne.
Le toucher
Sable sur ma peau, brûlure sous mes pieds. Sable trop fin qui s’insère partout, dans les habits, dans les draps du lit pour la sieste, et puis vite, courir très vite jusqu’au sol en pierre, il est midi, le soleil surchauffe, impossible de poser les pieds à plat.
Tempête de sable, vent de terre, qui fouette, hurle aux oreilles et laisse des traces rouges sur la peau, se recroqueviller, ne pas tenir à plat ventre, renoncer, abandonner, fermer les yeux fort.
Plage de sable blanc en Tunisie, plus gris dans le sud de la France, petite je voulais construire des chateaux, mais sans mettre les mains dans le sable, et jamais mes parents n’ont pu me remettre des vêtements à même la peau alors que j’avais encore du sable, et du sel marin. Ca grattait trop, ça chatouillait.
Laisser couler des rivières entre les doigts, s’enterrer vivant et tousser d’avaler trop de poussière, se rouler sur la plage pour se sécher.
Sable fin ou granuleux qui a bercé les vacances d’enfance d’une petite fille si chanceuse…
Posté dans Petits plaisirs & petits bonheurs, Il était une fois... | 7 commentaires »
15.3.2010 par Flo.
Devant les demandes répétées de mes lecteurs - commentateurs du dernier billet, non, je n’ai pas pu aller directement prendre un bain / lire un bouquin / me coucher (cocher la bonne case - ou pas).
C’est que ce week-end, nous avions Miss Blondinette. Et que vendredi soir, eh bien c’était sa soirée d’école (oui oui, vous lisez bien, je ne sais par quelle bizarrerie étrange, son école à elle fait ça en plein mois de mars, je ne me l’explique pas).
Nous étions donc conviés à ce grand rassemblement de bambins surexcités pour assister aux spectacles divers et variés, répétés depuis la rentrée de Noël, ainsi qu’à l’immense loto qui avait pour but de renflouer les caisses du CLAE.
Il faut dire que sur le renflouement des caisses, ils sont très forts: 8€ les 3 cartons de loto, des lots qui ne sortent pas de l’ordinaire (mais il y a pire). Chaque parent d’élève était invité à amener un plat, salé ou sucré, pour le buffet de la soirée. Sauf qu’il ne suffisait pas d’arriver avec son gâteau, le poser et se servir, non non. Il fallait ensuite passer à la caisse, acheter un carnet de tickets, et aller payer sa consommation. Ce qui revient à dire que si on n’y prend pas garde, on finit par payer le gateau au chocolat (taboulé / salade de riz / cake au citron - vous comprenez le principe) qu’on a passé l’après-midi à cuisiner.
Oui, vraiment très forts.
Qu’importe. Miss Blondinette comptait sur nous (et nous sur elle), sa maman ne pouvait pas être présente, nous étions les dignes représentants familiaux, un peu perdus au milieu de tous ces parents d’élèves qui se reconnaissaient, se tapaient sur l’épaule et prenaient des nouvelles de la famille, grands parents et oncles éloignés. C’est là qu’on constate qu’on peut très vite se sentir socialement isolés, quand on ne suit pas quotidiennement les péripéties scolaires de son bambin, et qu’on ne sait pas très bien qui est qui, papa d’Arthur ou maman de Sophia.
Bref.
Miss Blondinette étant encore en maternelle, ils avaient heureusement prévu de la faire passer (elle et la vingtaine d’autres petits du même âge) plutôt en début de soirée. Il valait mieux, ils étaient sur le point de mettre le feu aux rideaux.
En début de soirée, ça signifiait quand même: une fois la salle archi-bondée, les déguisements partis en vrille parce que la première chose que font les enfants quand ils se retrouvent, c’est se sauter dessus comme s’ils ne s’étaient pas quittés 2 heures plus tôt, et jouer à trape-trape en cercles concentrés tout autour de la salle (très très grande la salle, très très grande), le tout en hurlant. Ce qui signifie: refaire la coiffure quatre fois en urgence avant la montée sur scène (j’ai zappé les cours de coiffage de poupées petite, je suis nulle même pour une queue de cheval, j’avais donc délégué la chose à la maman, qui avait compris le problème et lui avait fort heureusement composé une mini tresse serrée et résistante, louée soit-elle), remettre le maquillage qui a coulé, redressé le pull, enlever-remettre-enlever la veste, éviter la grosse tache de chocolat sur le t-shirt blanc, gronder pour la forme parce qu’avant de passer sur scène, il serait bon de ne pas s’essuyer la bouche pleine de rouge à lèvres sur ledit t-shirt (là c’était déjà fichu).
Ensuite, il y a eu une première partie de loto, histoire de chauffer tout le monde. Pendant ce temps, les professeurs et assistants maternels regroupaient les stars surexcitées à l’arrière de la salle. Pas de bol, cette partie a duré longtemps, coquin de sort, le quine s’est fait attendre, le double quine aussi, et le carton a dû être départagé, forcément, entre 3 gagnants qui ont hurlé en même temps. Donc nouveau tirage au sort…et immense compassion pour les encadrants qui ne devaient pas avoir assez de bras pour retenir les petites furies.
Enfin est venu l’instant tant attendu par tous les parents: montée sur scène, foule d’adultes à l’avant, au point que si le public ne se lève pas, plus personne ne voit rien, flashs qui crépitent, bambins qui font coucou de la main, ne savent pas où se placer, vont, viennent, il y a ceux qui sont impressionnés, ceux qui se sentent comme des poissons dans l’eau, ceux qui remettent un chapeau qui tombe, d’autres qui n’osent pas s’avancer (devinez où est Miss Blondinette), chacun se cherche du regard, où est papa, où est maman, où est mon fils, voilà ma fille. Musique saturée, ébranlement hésitant, éclats de rire, gestes dans le vide, 5 minutes avec une sono qui grésille, et arrêt aussi brusque que le début.
Point.
Fini.
La star redescend surexcitée de la scène, nous concède un baiser de félicitations, reprend ses cerlces de trape trape, et nous, on reste en se disant que quand même, il faut bien rentabiliser un minimum le prix des cartons de loto, essayer d’être sociables, payer et goûter 3 des 15 quiches amenées sur le buffet, laisser la possibilité à la demoiselle de passer du temps avec ses camarades.
3 heures. Oui, Messieurs-Dames, je suis fière de vous annoncer que nous avons tenu 3 heures. Malgré une journée épuisante, malgré une douleur au bras qui m’empêchait de trouver une position confortable. 3 heures de cris, applaudissements, hurlements, Miss Blondinette a participé au loto des maternelles, elle a remporté un quine, une petite voiture télécommandée (siiiiiiiii, devinez qui était la plus ravie? Mais elle a adoré aussi), nous n’avons rien gagné, pas même les cours de piano. On a à peine mangé, on a souri, on s’est émus, on distinguait déjà, chez les petits et grands qui montaient sur scène, les futures stars, les pas du tout à l’aise.
3 heures, au point qu’en revenant dans la voiture, j’ai coupé la radio, tant je voulais le silence.
3 heures parce que mine de rien et malgré un récit vitriolé, on était fiers de partager ces moments avec elle, d’être ses principaux fans, et de l’applaudir, l’encourager. 3 heures pendant lesquelles on a brièvement touché du doigt ce qu’est la vie scolaire du point de vue adultes.
Nos souvenirs à nous remontaient à l’époque où nous étions sur scène, où c’étaient nos parents qui nous faisaient coucou, où nous étions fiers comme des paons, et nous réalisons aujourd’hui ce qu’ils ont enduré pour nous applaudir et nous faire plaisir…
Posté dans Mots d'enfant, Petits plaisirs & petits bonheurs, Il était une fois... | 7 commentaires »
10.3.2010 par Flo.
En 2003, je suis arrivée dans le Sud, celui qu’on attendait, qu’on espérait, qu’on appelait de nos voeux; j’y suis arrivée en quittant un boulot franchement pas génial à Paris, mais qui avait au moins l’avantage de m’occuper et tout à fait accessoirement (c’est un euphémisme) de me ramener un salaire. Pas mirobolant, loin de là, j’ai connu les joies du Smic, mais c’était quelque chose de fixe, régulier, mensuel.
Dans le Sud, à Montpellier pour ne pas la nommer, je suivais mon mari, qui avait enfin obtenu une mutation dans sa région d’origine. Le déménagement a été aussi soudain que l’administration sait le faire: au mois de Juin, téléphone pour nous annoncer que Août nous verrait arriver à Montpellier. On a négocié un tout petit mois de battement, mais après, c’était “tu prends ou tu te tais, et surtout tu n’auras plus rien”.
On a pris.
On avait un peu de famille là-bas, lui en fait, et pas en très bon terme. Il a fallu à l’arrache essayer de trouver un appart, un garde meubles, ça a été épique, on en rirait si on était encore ensemble, si tout le reste s’était mieux passé: arrivés sur place sans rien, hôtel 1ère classe pour les 2 premières nuits, visiter des taudis et des horreurs à des prix indescriptibles, puis enfin tomber sur une opportunité, un petit 25m2, ça nous a fait tout drôle après le HLM de cité parisienne de 75m2. On s’est adaptés.
J’avais droit aux Assedics, j’étais mariée, je suivais mon conjoint en mutation professionnelle, l’un des rares cas de démission qui ouvrent droit aux indemnités. Une fois posés avec une adresse, quelques meubles et un peu de courage, j’ai donc entrepris mes démarches d’inscription, mais surtout de recherche d’emploi.
Je me retrouvais dans une région totalement inconnue, pas de réseau social, un plan de carrière franchement aléatoire. Un CV pas évident à défendre (des études à l’étranger, une équivalence difficile à expliquer, un manque d’expérience que je compensais par de très bonnes études, mais en France, si on ne sort pas d’une grande école, ça vaut des cacahuètes et demi).
J’ai profité un peu de ces vacances forcées. Pour me (re)poser, faire le point, bilan de compétence, travail d’un projet, le parcours évident d’une recherche d’emploi classique.
Puis le temps a commencé à devenir long. Pas d’amis, des difficultés à se faire des relations. Et surtout, mon caractère qui faisait que je voulais travailler, occuper mes journées, j’avais besoin de mon salaire, j’avais besoin de me sentir utile, j’avais besoin de travailler.
Ne trouvant rien dans l’immédiat, j’ai accepté l’offre d’un poste à temps partiel en restauration, dans le petit village au bord de la Méditerranée où nous habitions (celui de toutes les chansons, celui qui désigne le bord de mer dans la région). C’était à 5 minutes à pied de chez nous, et surtout ça m’occupait. Et puis c’était une bonne expérience. Pas un travail de restauration trop touristique, une petite table d’hôtes plutôt intimiste, un patron haut en couleurs (et en largeur), une clientèle raffinée, j’y ai appris le goût du poisson, sa découpe, j’ai découvert les huîtres, le plaisir de la bonne chair, et des aliments frais et simples.
Je n’ai jamais aussi bien gagné ma vie: je touchais mon indemnisation, et oui j’ose le dire, j’étais payée à 80% au black pour le travail que je faisais. Ca faisait du bien, du beurre dans les épinards, on en avait bien besoin, et j’estimais que je pouvais en profiter un peu, ce n’était serait pas éternel, je n’en avais pas l’intention.
Mais ça a duré, beaucoup trop à mon goût. En parallèle, je continuais plus ou moins intensivement mes recherches d’emploi. Epluchage de petites annonces, candidatures spontanées. Mon CV intéressait, j’étais régulièrement convoquée à des entretiens - j’ai dû en passer une trentaine en 2 ans environ. Assez exceptionnel, j’en étais consciente.
Et pourtant à chaque fois, la réponse était la même: “oh vous avez un parcours peu banal, vous êtes bien intéressante, et vos prétentions salariales modestes (moi j’aurais dit bradées mais bon), on a vraiment hésité, mais non désolés, on a retenu un autre candidat”.
Je ne comprenais pas. Je me remettais en question, j’ai refait des dizaines de fois mon CV, mes lettres, travaillé, bûché mes entretiens, répété, lu, interrogé, en vain.
Un jour, lors d’un énième entretien avec un directeur d’une petite boutique qui offrait un poste plutôt intéressant, la question a été posée de façon plus directe: “et vous envisagez d’avoir des enfants”?
Je n’ai pas été surprise en réalité, parce que je savais que ça faisait partie des points d’achopement. Une question aussi directe était rare, mais la finalité toujours évidente.
Je n’en avais pas, et je n’avais pas l’intention d’en avoir. C’était clair, pas sans avoir un travail, et même, je ne suis pas du genre à signer un contrat et me mettre en arrêt maternité. Ce n’était pas en projet dans un avenir proche, ni même plus lointain.
Il a dû voir que je tiquais un peu à la question si directe, parce qu’il s’est excusé. Je lui ai répondu honnêtement, à savoir “non et ce n’est pas prévu”. On a terminé l’entretien, il est revenu dessus en m’expliquant qu’il ne me retiendrait pas, à cause de ça. Nous étions dans une relation de franchise, je l’ai bien senti, et je lui ai dit ma déception, lui expliquant que pourtant, je n’essayais pas de me vendre, et que ma réponse avait été parfaitement sincère.
“Je vous crois Madame. Mais vous comprenez, sur votre CV, on voit que vous êtes mariée, vous êtes à un âge où il est plus que normal de vouloir des enfants. Moi, je dois former quelqu’un, j’ai besoin de pouvoir m’appuyer dessus, et je ne peux pas me permettre de devoir chercher une remplaçante même dans 2 ans, pour un congé maternité. D’ailleurs je suis peut-être trop direct et ça pourrait m’être préjudiciable, mais je pense que vous devez avoir des difficultés à trouver un emploi, et je pense que c’est à cause de ça”.
Nous y étions. J’avais ma réponse à ces nombreux entretiens passés, et ces multiples réponses négatives. Dire que j’ai songé à falsifier mon CV, je peux l’avouer aujourd’hui. Moi qui ai toujours détesté le mensonge, je n’ai pas pu m’y résoudre (j’aurais peut-être dû, je l’ignore encore). Je ne pouvais pas non plus prétendre avoir déjà des enfants. Il n’y avait pas d’issue, si ce n’est bétonner mon argumentaire, mais je savais bien que mon statut faisait peur, et en toute objectivité, je comprenais les raisons de refus, elles me révoltaient, mais je me mettais à la place de ces chefs d’entreprise et du risque qu’ils prenaient, et je concevais qu’avec la concurrence qu’il y avait sur le marché de l’emploi, ils puissent privilégier sur ce simple critère une femme soit déjà maman, soit de loin pas encore maman….
J’ai fini par trouver du boulot, 2 longues années plus tard. Dans un grand groupe international, chez Petites Voitures, qui ne m’a pas demandé si j’allais être maman ou pas, et qui s’en contre-fichait. J’ai été d’une gratitude envers eux qu’ils n’ont certainement pas dû mesurer…
Cette note est une forme de contribution à la journée de la femme, mais comme je ne fais jamais les choses de façon conventionnelle, je la publie avec 2 jours de retard. Honnêtement, je ne suis pas certaine d’être attachée à cette fête si souvent détournée, raillée, moquée. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir qu’à mon tout petit niveau, j’avais également été victime d’une des nombreuses discriminations que des centaines de femmes doivent affronter chaque jour, notamment dans le monde professionnel. Ce billet n’a pas pour vocation de polémiquer. Juste de témoigner. Et de dire à toutes celles qui sont dans la situation que j’ai vécue, que je les comprends, et les soutiens. A défaut de trouver une solution, car je n’en ai toujours pas, malheureusement….
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5.3.2010 par Flo.
Avant toutes choses, allez lire le début de cette histoire chez Leeloolène. C’est absolument impératif pour la bonne cohérence de ce récit. Et au cas fort improbable et totalement inimaginable où vous ne connaîtriez pas son blog, il va de soi que vous le rajouterez dans votre agrégateur!
Préambule: je tiens à préciser que, comme je l’avais mentionné il y a quelques temps dans un billet, je n’ai jamais choisi les pingouins comme mascotte (j’étais bien plus classique, voyez-vous, plutôt genre cétacés, petits chats, ratons laveurs).
Ce sont les pingouins qui m’ont choisie. Au travers de peluches (grandes et petites), avatars ou autres figurines, je les ai laissés subrepticement entrer dans ma vie et prendre leur place. Je n’y peux rien, on ne lutte pas contre le pouvoir du palmipède!
Voilà, je vous présente Tux. Fidèle ami de 80 centimètres qui trône dans ma petite Corsa blanche, depuis maintenant 5 ans au moins.
Jusqu’à mardi dernier, je ne savais pas d’où il venait. Enfin, avant qu’il n’entre dans ma vie par l’histoire que je vais vous conter. Et puis en papotant avec Leeloolène un soir, comme ça incidemment, on a parlé pingouins. Oeufs. Vous avez lu le début chez elle, et maintenant, je sais comment est né Tux. A quoi il ressemblait au tout début, et j’en suis toute émue.
Super Frérot, à l’époque (si je dis fort lointaine ça va le vexer), voulait être un Super Frérot Informaticien 2.0.
Il a donc vaillamment tenté sa chance dans l’une des grandes écoles de notre petit pays, reconnue mondialement. Il s’est frotté à tout un tas de geeks, et il parlait avec un vocabulaire totalement incompréhensible. Mais bon, on le laissait faire, plutôt admiratifs.
C’est ainsi que Super Frérot a rencontré Linux. Le pingouin virtuel. Entre eux, ça a plutôt été l’entente cordiale, il m’en parlait un peu (pas trop, de toute façon je l’écoutais uniquement poliment). Moi, je trouvais ça mignon comme mascotte, mais voilà, ça s’arrêtait là.
Super Frérot avait aussi une voiture. Une petite Corsa blanche qu’il utilisait pour aller à ses cours, et chez sa petite amie du moment, qui avait eu la bonne idée d’habiter à l’autre bout de la ville. Augustine (c’est le nom de la Corsa, chez nous chaque objet important est baptisé) servait donc de fidèle compagne aux virées estudiantines, pendant et hors les heures de cours. C’était aussi la calèche qui permettait d’emmener la bande de joyeux allumés futurs informaticiens sur des pistes de ski, en randonnées, et vers plein d’autres destinations dont j’ignore tout (il vaut mieux).
Un mois d’avril de je ne sais plus quelle année, l’anniversaire de Super Frérot approchant, je séchais méchamment sur une idée de cadeau. Il faut savoir que dans le genre, il est assez exigeant et difficile (je t’avais prévenu, je sais que tu me lis, t’as de la chance, tu échappes à un billet juste à ton sujet, mais tu en prends pour ton grade, t’avais qu’à pas critiquer mon blog non mais!). Musique, je préfèrais éviter de toute façon j’étais à côté de la plaque, sport on n’était pas tout à fait synchrones non plus, cinéma il avait tout vu, lecture je n’osais pas. Pas de “wishlist”, pas trop de sous de ma part. Grand vide.
Peu de temps avant la date fatidique, vide-greniers avec mes parents, dans un bled au bord de mon cher lac.
Et c’est là qu’eut lieu LA rencontre. Les yeux dans les yeux, nous nous sommes regardés, nous nous sommes reconnus.
Il était assis par terre, à même le sol. Le bonnet rouge et vert sur le bec, la tronche du pingouin qui était sur tous les programmes informatiques précédemment cités. Il m’a vue, il m’a appelée, je l’ai pris dans mes bras. J’ai dit “combien”, mais j’avais déjà sorti mon porte monnaie. Pour une somme totalement indécente et qui ne lui ferait pas honneur, Tux est devenu mien (en interim).
J’ai dit “avec un noeud rose, il sera un parfait cadeau”. Dont acte. J’ai trouvé le ruban, j’ai évité l’emballage, je l’ai offert à Super Frérot. Qui, contrairement à toute attente, a trouvé l’idée géniale. Et a de suite décrété “il ira avec Augustine, ce sera la paire parfaite. A l’arrière. Et avec la ceinture, bien sûr”. (Aujourd’hui, je le soupçonne d’avoir derechef voulu se débarasser du cadeau embarassant de cette manière, mais je veux bien lui accorder encore le bénéfice du doute)
Quand il dit, il fait. Et la paire fut créée, sous nos yeux émerveillés.
Quelques années plus tard (honnêtement, je n’ai plus aucune notion de temporalité), j’étais dans le Sud de la France, en galère de voiture.
Super Frérot était toujours dans notre pays de montagnes, plus du tout informaticien 2.0, et plus du tout avec sa petite amie du bout de la ville.
Augustine et Tux étaient toujours dans notre pays de montagnes, propriété de Super Frérot, mais commençaient à trouver le temps long sur une place de parking dont ils bougeaient peu. Il faut dire que les déplacement là-bas ne sont pas toujours pratiques, les parkings sont hors de prix en ville, le réseau des transports en commun finalement bien développé, et quand on n’a plus de petite amie très très loin, c’est moins judicieux d’avoir une voiture (je dis ça aussi pour me consoler de n’avoir jamais eu, moi, de voiture à l’âge de Super Frérot. J’ai fait les frais d’essuyage de plâtre de grande soeur, la vie est injuste. J’avais qu’à me trouver à l’époque un petit ami à l’autre bout de la ville, aussi!).
Un soir (ou un matin, un midi), téléphone chez moi, proposition familiale: “on te donne Augustine! A ta charge les frais de réimmatriculation (Gosh, ne le faites jamais, c’est une horreur, mais dans toute mon innocence je l’ignorais à l’époque), on te l’offre. Super Frérot n’en a plus besoin, nous n’en avons plus besoin, autant qu’elle serve à quelqu’un”.
Ni une ni deux, me voilà de retour dans ma ville natale, et en remerciant, émue, Super Frérot de son généreux don, je lui dis: “on va donc aller chercher Tux, pour le remonter dans ta chambre?”
Je revois encore son regard, son sourire carnassier, comme si c’était hier.
“Ah mais non. Tux, c’est Augustine. Et Augustine, c’est Tux. Tu reçois Augustine, tu reçois Tux”.
…..
J’ai ramené ma petite Corsa blanche en France. Immatriculée suisse, avec un macaron CH, un autre IRL parce que Super Frérot y était allé (sans la voiture), avait adoré et voulu le clamer publiquement. Un autre macaron “Nunca Mais” que j’ai assez vite enlevé, de peur des représailles là où j’habitais. Et divers logos de parking de la Fac, du club de tennis….Bariolés.
Et bien entendu, un gros pingouin de 80 cm sagement sanglé à l’arrière, heureux de voir du pays.
Depuis ce jour, le pingouin et la voiture ont changé de plaques, plusieurs fois. De ville, une nouvelle fois.
A mon arrivée dans celle d’aujourd’hui, je me suis faite arrêter deux fois par les forces de l’ordre. Une fois pour une infraction quand même importante (oui j’ai honte!), une seconde pour une vérification générale qui aurait pu devenir compliquée pour moi.
Et là, je vais faire taire tous les importuns qui prétendent qu’une fille ne se fait jamais coller par la police. Non, ce n’est pas mon ravissant sourire charmeur et tombeur qui m’a tirée d’affaire. A chaque fois, l’agent pourtant pas très commode m’a laissée repartir, désemparé par mes macarons bariolés (et toujours nombreux), mais surtout avec cette remarque: “C’est parce que le pingouin est bien attaché à l’arrière. On est bien forcés de vous féliciter”.
Tux et moi, c’est une histoire d’amour pour très longtemps encore….
A star is born…
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4.3.2010 par Flo.
Depuis toute petite, je crois que je me suis émerveillée des albums photos de mes parents.
Les gros et lourds classeurs rangés au salon. Et puis mon album à moi, celui qu’ils avaient scrupuleusement rempli (première dent, premier mot, premiers pas, premières maladies, premières photos, baptême, etc) rose moletonné, que j’avais dans ma chambre.
Je passais des heures à feuilleter ces photos familiales, à m’en imprégner, à me délecter de la beauté de mes parents jeunes: ma mère rayonnante dans une robe de mariée qui n’en était pas une, avec une capuche brodée de fourrure (quelle idée de se marier en Janvier!!), mon père qui ressemblait à un jeune premier, posant bronzé, rayonnant au bord de la mer, chez ses parents, son frère.
Plus tard, j’ai fait mes propres albums. Pris pas mal de photos, collé, commenté. D’autres classeurs venaient se rajouter à ma collection, que je feuilletais, ou moins.
Dans mes multiples déménagements, je n’ai jamais pu les emmener. Trop lourds, pas assez de place, ils m’attendent toujours chez mes parents, à chaque trajet je me disais que je les redescendrais, et puis non.
Pour mes 30 ans, j’ai reçu une pochette d’une dizaine de CD, sobrement intitulée “photos familiales”.
Il s’avère que mes parents avaient pris le temps (ça occupe, la retraite) de scanner toutes les pages de TOUS les albums familiaux, et qu’ils les avaient gravés, tels quels. Pour moi, et (je crois) pour mon frère. En y incluant chez moi mon album de bébé, que j’aimais tant.
Ca m’a énormément émue. Je sais que les CD ne sont pas des supports définitifs, et qu’ils peuvent s’abîmer, se périmer, comme d’autres supports. N’empêche, maintenant, j’ai toutes mes photos familiales à portée de main, et ça prend sacrément moins de place que les nombreux et énormes classeurs qui gardent leur charme désuet, mais qui sont finalement si bien dans les armoires parentales. Pour bien faire, il faudrait aussi que je scanne mes propres photos, celles de mon adolescence, mais je n’ai pas encore ce temps-là à y consacrer.
Une partie de l’histoire familiale est sauve.
Hier soir, en rentrant, m’attendait un autre petit colis dans la boîte aux lettres: un nouveau CD de scans, de la part de ma maman. Cette fois, pas de photos. Mais elle avait une fois de plus patiemment rassemblé toutes les petites recettes de son classeur en moleskine, annotées, jaunies, tachées d’avoir reçu de la sauce, du sel, du sucre, de l’eau et bien d’autres ingrédients, et compilées au fil des années dans ce merveilleux petit support.
Ma mère n’a jamais été une cuisinière hors pair, mais elle a toujours su garder ce qui marchait, ce qui nous plaisait, le noter, pour le resservir, le refaire à l’occasion d’une soirée entre amis, ou d’un repas familial. Elle était appliquée, attentive, ce qui rendait sa cuisine délicieuse de quotidien, et de simplicité.
Il n’y a pas si longtemps, affolée, j’ai dû l’appeler en milieu de week-end (en l’inquiétant au passage, moi qui appelle si peu spontanément comme ça d’un coup) pour lui demander le temps de cuisson de la saucisse aux choux (vous avez bien lu, c’est une spécialité de chez moi!). Ca l’a bien fait rire. Du coup, dans le CD, un petit mot: “je ne suis pas certaine qu’il y ait le temps de cuisson de la saucisse, mais tu auras tout le reste”.
Encore une mémoire familiale sauve. Ce qui ne m’empêche pas de lui répondre: “maman, merci du fond du coeur. N’empêche, j’espère pouvoir te téléphoner encore très longtemps et très souvent pour tes conseils, que je préfère mille fois recevoir de vive voix (en te faisant rire) plutôt que de devoir obligatoirement passer par ce CD pour me souvenir de ta cuisine”…
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6.1.2010 par Flo.
J’ai déjà dû le dire une ou deux fois ici, mon père et moi, ça a toujours été une forme de “je t’aime moi non plus”. J’ai toujours entendu parler du complexe d’Oedipe avec une forme d’interrogation, et j’ai beau chercher dans mes souvenirs, je n’en trouve aucun qui s’y réfère.
Il faut dire aussi que j’ai fortement contribué à contrarier ce papa qui m’adorait tant:
-Il voulait un garçon en aîné, et une fille en second, il a eu l’inverse.
-Il rêvait d’une petite fille blonde et d’un garçon brun, c’est le contraire qui s’est produit.
-Son rêve était d’avoir une petite poupée aux jolies boucles, souliers vernis et jupe plissée, j’ai cultivé avec passion et attention le look jeans, baskets gros pulls.
-Il aspirait à me transmettre ses inspirations artistiques, son goût du dessin et de la peinture, je suis devenue une intello à lunettes que tout le monde voulait voir prof (ouf, j’ai au moins esquivé cette étape, et viré les lunettes entre temps). La seule chose que je sache dessiner, c’est vaguement un palmier, et les fesses d’un éléphant (sisi!)
-Son côté un peu macho italien s’offusquait de mes revendications légèrement féministes et pas très patriotes.
-Il a passé sa vie à construire son nid, son cocon et a tout fait pour planter des racines dans un endroit paisible, souhaitant épargner à ses enfants le déracinement et les bouleversements qu’il a vécus dans sa jeunesse: j’ai plaqué tout ce beau monde et quitté mon pays. Il ne s’en remet toujours pas, et ne veut pas me croire quand je lui dis, à moitié en plaisantant, que je pourrais mettre un océan entre nous s’il le fallait. Pourtant, j’en serais capable.
-Il a espéré m’apprendre sa langue natale, j’ai catégoriquement refusé d’en prononcer le moindre mot. Et je lui ai longtemps caché que j’étais capable de suivre une conversation pas trop rapide. C’était idiot de ma part, aujourd’hui je le regrette, mais n’arrive toujours pas à me décider à m’y mettre sérieusement.
-Il souhaitait nous offrir sa religion et ses croyances, j’ai rapidement envoyé valser les préceptes catholiques (et les autres, également).
-Il cherche la sécurité, il veut se rassurer, je cultive la remise en question, les chamboulements.
-Il fera tout pour la stabilité, j’ai divorcé, et changé 4 fois de ville.
-Il ne sera resté tout au long de sa carrière que dans 1 seule entreprise, j’ai connu le chômage, et j’en suis à mon 5ème poste au moins.
Mais mon père, rendons-lui cela, c’est aussi l’homme qui m’a fait aimer le sport. Il m’a appris à apprécier l’effort, la dépense physique. Il m’a mise au tennis, j’ai été sage et j’y ai joué pendant 20 ans, avant tout pour lui faire plaisir. Oui, d’accord, c’est encore quelque chose que j’ai fini par plaquer. Il m’a initiée au ski, aussi, jusqu’à ce que ses peurs le rattrapent.
C’est lui qui nous a appris à avoir le sens de la famille. A respecter ce don, à se souvenir que c’est un bien précieux, un cocon indispensable. Sauf que nous y avons mis des limites bien plus tôt que lui. Je regrette qu’il ne puisse pas se pacifier avec ce sujet non plus.
Au-delà de ses incertitudes, et de ses angoisses qui le paralysent davantage chaque année, à mon grand désespoir, c’est un homme profondément humain, qui nous a appris à respecter les valeurs essentielles, la sincérité, à garder un peu (trop?) de naïveté, à ne pas juger trop vite.
En 33 ans, j’ai fait plus de déménagements que lui en 67. Son rêve et le regret de sa vie est de ne pas avoir été propriétaire, je ne ressens nullement cette nécessité et n’en ferai jamais le point d’orgue de ma vie.
L’année dernière (enfin en 2009, ça fait encore un peu étrange de la qualifier ainsi), il a donc découvert mon nouveau chez-moi. Celui dans lequel mon cher et tendre et moi-même avons emménagé, et que nous avons plus ou moins aménagé. Avec un budget restreint, des meubles rapportés des 2 bords, un ensemble pas trop incohérent, mais sans un enthousiasme de décoration et d’organisation, que nous n’avons pas non plus spontanément. Depuis que nous y vivons, nous avons régulièrement amélioré l’ensemble, mais sans gros investissements. Pour tout dire, les seules choses réellement communes que nous possédons, c’est un piano, et de la vaisselle.
Mon père est un bricoleur né. Dans sa maison à lui, il aurait voulu avoir un atelier, un hangar, une boîte à outils digne de ce nom, et nous bricoler n’importe quel meuble. C’est un fanatique du design, de la belle architecture, mais il a aussi cette volonté d’occuper ses mains, et de faire par lui-même. D’abord par souci d’économie, mais aussi par plaisir.
C’est encore une choses qu’il n’a pas réussi à me transmettre: je regarde une scie d’assez loin, pensant d’abord aux ravages qu’elle pourrait procurer sur mes petits doigts avant de réfléchir à comment l’utiliser. La perceuse, c’est un instrument qui fait du bruit. Je sais vaguement utiliser un marteau, mais je dois me concentrer.
Bref, à part pour monter les meubles suédois et décrypter les hiéroglyphes (à force de déménagements et après une année à vivre seule, j’ai quand même au moins maîtrisé ces concepts-là), je ne suis pas une bricoleuse, je n’ai pas non plus peur de demander de l’aide, j’estime qu’on ne peut pas être bon partout, et que ce n’est pas vraiment mon domaine.
Alors, quand mon père a fait, il y a 3 semaines, le tour de notre petit nid, et a ouvert la bouche, j’ai su que la conversation qui allait suivre n’allait pas forcément être plaisante.
Là où je voyais un appartement plutôt pas trop mal rangé (on y avait mis du coeur), avec beaucoup d’améliorations à faire certes, mais chaleureux et douillet, il y a vu “manque de rangements”, “place mal organisée”, classements illogiques.
Le problème avec mon père, et particulièrement lorsqu’il s’agit de moi, c’est que ce qu’il dit est bien souvent plein de bon sens. C’est quand même quelqu’un qui a vécu, qui a de la bouteille, qui a dû plus d’une fois faire appel au système D. Mais il ne sait pas communiquer. Il est maladroit, blessant.
Avec l’âge, moi aussi j’essaye d’apprendre, de me comporter en adulte. A ne pas être épidermique, à ne pas sur-réagir dès qu’il commence à critiquer. Je tente de lui faire comprendre que j’entends bien son point de vue, mais que je ne suis pas forcément d’accord.
Parfois ça passe, d’autres moins.
L’autre jour, donc, je lui ai dit “oui papa, je sais qu’il y a plein de bonnes choses à faire encore dans cet appartement. Laisse-nous le temps, et puis tu le sais bien, ce n’est pas notre priorité, ni lui ni moi ne sommes des passionnés de bricolage”.
Je n’ai pas eu la sensation d’avoir eu des mots piquants. Mais c’était un jour où nous ne parlions pas la même langue, et ses sous-titres à lui ont dû donner quelque chose comme “De toute façon occupe-toi de tes oignons, je ne veux pas de tes conseils à la noix, et puis je n’ai pas besoin de toi”. Le tout lié dans l’éternelle sauce du “ma fille est partie loin, ne veut pas qu’on l’aide et ne peut pas se débrouiller toute seule dans un pays étranger et sauvage”, et le faible lien ténu de la communication était rompu.
Il n’y a pas eu de cris, parce qu’on n’était pas seuls, et que je n’en avais pas envie. Alors j’ai pris sur moi, beaucoup, énormément. J’ai écouté, encaissé, mais ma fréquence était désormais brouillée. Tout ce qu’il me disait, je le prenais pour une critique: “à 33 ans tu n’es pas capable de scier une planche et rajouter une étagère à ton meuble”, “tu n’as définitivement pas le sens pratique et c’est à se demander ce que j’ai bien pu t’apprendre et te laisser comme héritage pendant ton enfance”, “j’ai eu beau te montrer l’exemple et t’expliquer, tu n’as vraiment rien compris”.
Il ne l’a pas dit comme ça, non. Je l’ai entendu ainsi, et j’en ai eu les larmes aux yeux. Je sais, avec le recul (sur le moment aussi, mais c’était plus dur), qu’il ne faisait qu’exprimer une forme de frustration de ne pas pouvoir m’offrir ce que n’importe quel père aurait probablement envie d’offrir à son enfant: mettre son expérience, son temps libre et sa bonne volonté au service du bien-être et de l’un peu plus superflu, le décharger de certaines corvées. Il habiterait près de chez moi (ou plutôt moi près de chez lui, inimaginable dans l’autre sens), il viendrait un jour ou 2, prendrait ses mesures, irait chez Casto acheter 3 planches, me ferait de belles étagères, me planterait les chevilles, et vaille que vaille, nous aurions un appartement de plus en plus fonctionnel.
Rien de tout ça n’est possible; et c’est comme si, à chaque remarque, il fallait que ce départ de mon pays natal me soit ramené, ressassé, reproché. Il sait que désormais je n’autorise plus la confrontation directe, alors il l’utilise les chemins détournés. Involontairement, je le sais aussi.
J’ai mûri, je crois, et je connais assez bien mon père pour comprendre maintenant toutes les ficelles qui l’animent, les expressions de ses peurs et de ses frustrations; je lui pardonne et je ne lui en veux vraiment pas. Mais à cette occasion, je suis aussi redevenue une toute petite fille qui, même si c’est bien caché et bien enfoui, avait les larmes aux yeux parce qu’elle a très clairement eu l’impression de décevoir son père. Je me suis tournée vers ma mère, et je lui ai dit: “mais il faudra toujours qu’il trouve quelque chose qui le décoive? Maintenant que j’ai un boulot stable, une belle relation de couple, pas de problèmes d’argent, que je suis heureuse, que je le dis, que ça se voit, il faut qu’il trouve encore des reproches à me faire?”
Et sinon: quelqu’un aurait peut-être une perceuse et une scie à me prêter? Et “Bricoler pour les Nuls”? Parce que mon caractère fait que, piquée au vif, je serais prête à faire de mon appart un gruyère (non mon homme, ne t’inquiète pas trop) histoire de prouver à mon père que je suis quand même capable de poser des planches et des chevilles….
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