Infos

Vous parcourez actuellement les archives de la catégorie ma petite entreprise.

février 2012
L Ma Me J V S D
« déc    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829  

Archive de la catégorie ma petite entreprise

Régression

J’ai un collègue avec lequel je m’entends particulièrement bien. On se fait des blagues potaches, on se tape dans le dos (enfin pas trop fort, il fait à peu près trois fois mon poids et deux fois ma corpulence, c’est un peu comme Obelix quand il veut te faire un câlin en fait), c’est le seul à qui j’ai raconté mes malheurs de cette année et qui sait qu’il peut y avoir des jours plus difficiles que d’autres. Sous ses dehors de rustaud mal dégrossi (c’est une image uniquement!), il a une sensibilité très particulière, et on peut s’envoyer balader et 5 minutes plus tard rigoler comme des gamins. Ca fait du bien de l’avoir dans les parages.

Ce collègue, donc, qui me connaît particulièrement bien, sait que je tyranise régulièrement l’agence pour avoir mon stock de chocolats. Et qu’il n’est pas parmi les premiers à m’offrir de quoi compenser mon stress et mon ennui au boulot, et donc qu’il faut parfois qu’il rattrape le coup.
Comme il n’aime pas juste rapporter des choses “pour dire”, il cherche le gag.
Sur ce coup, il l’a bien trouvé.
Parce que franchement, même si je n’écris plus beaucoup, vous savez que le rose et les princesses, je commence à tolérer vu que Miss Blondinette les a un peu introduits dans mon univers, mais que je continue à ne pas être une vraie fan des paillettes et du girly.
Ben n’empêche, il m’a offert ça:

calendrier-avent.JPG

Si, il a osé.
Et là tout soudain, me voilà avec un cas de conscience:
-Je le garde et je me ridiculise officiellement, reniant 3 ans et demi de mon image professionnelle à faire comprendre à tous ces joyeux lurons qu’il était hors de question que je me rabaisse à des trucs pareils?
-Je le refuse, le ramène à Miss Blondinette qui sera heureuse comme une…princesse avec ce calendrier, et le vexe? (et surtout ne peux plus exiger de chocolat pendant les 3 ans à venir? Enfer et damnation!!)

Ah oui, il était totalement hilare quand il me l’a tendu. Parce que bien entendu, derrière chaque petite porte, il y a du chocolat. “T’as voulu du chocolat, t’en as. On est quittes”, qu’il me balance en se bidonnant.

Je l’ai gardé, évidemment. J’en suis à la porte 2 et je fais grand bruit chaque matin en claironnant que j’ouvre mon petit chocolat quotidien. Je suis ridicule et j’assume. D’ailleurs les chocolats ne sont pas si bons que ça, faudra que je lui dise….

La minute complainte

Avant la fin de l’année, ça allait mal au boulot, mais on nous promettait des lendemains rieurs. On allait être rachetés, on serait forts, beaux, puissants et surtout plein d’argent.
Soit, on en a pris notre parti. On a dit au-revoir à notre 3 collègues qui nous ont quittés sans trop de difficultés, ils l’avaient choisi, ça s’était bien mis en place, ils partaient avec de beaux projets.

L’agence a paru bien vide ensuite, 3 personnes en moins, ça faisait quand même une petite différence. Il y a eu la trève des confiseurs, puis la lente reprise du début d’année. “Soyez patients, on met toujours du temps à relancer une machine à l’arrêt”. Ok, c’était même plutôt amusant, on en a profité pour faire un ménage d’enfer, tout classer, tout trier, jamais je n’avais été plus à jour, et puis les pauses café qui duraient, et puis surfer, prendre du temps. On essayait de passer au-delà des craintes, on a tenté notre push qui a lamentablement foiré, et ça a commencé à durer, vraiment longtemps. Et puis les problèmes restaient les mêmes, comme si rien ne s’était passé, les mêmes réclamations, les mêmes galères à gérer, les mêmes silences de nos chers dirigeants dont on ignorait tout…

Aujourd’hui, ça fait des semaines que venir au travail est une lutte. Etant au bout de la chaîne (alimentaire?), tant que toute la machine n’est pas clairement repartie, je n’ai rien à faire. Rien. Je viens au boulot, je vérifie mes mails, je prends ce qui vient au jour le jour et m’occupe 10 minutes, puis le vide. Je sais que la situation est critique lorsqu’à 10 heures et malgré une pause café, je suis arrivée au bout de ma blogroll.
Objectivement, je pourrais passer à du 50% sans qu’on ne remarque mon absence. Mais qui serait assez fou pour le dire dans le blanc des yeux à son patron? Je pourrais, si je n’avais pas besoin un tout petit peu de mon salaire à 100% à la fin du mois (payé encore quand ça leur chante, “vous comprenez la comptabilité, c’est long à remettre en place”. Voui voui voui).
Donc je fais de la présence. Je refais connaissance avec mes démons et cauchemars de mes tout débuts dans ma vie professionnelle, où déjà à mon premier poste, je n’avais rien à faire. Et que j’avais quitté en me disant “plus jamais ça”. Je préfère être débordée de boulot, même un boulot nul, que de traîner à journée durant en comptant les secondes qui passent.

J’ai fini par ramener mes frustrations et mes colères à la maison. Ca devenait délicat, j’étais incapable de fermer la porte en partant de l’agence. Et je n’avais à ramener chez moi que de la contrariété, de l’inquiétude, de la rage. Ce qui chez moi fait un mélange encore plus instable que la nitroglycérine. Donc ça pétait. Grâces et sanctifications soient reconnues à mon amoureux qui supportait ces crises sans vaciller, patient et tranquille. J’ai réussi à dominer ça, grâce à une fée thérapeute qui m’a donné quelques trucs pour faire la transition, pour prendre de la distance. Je ne sais pas prendre de la distance, c’est bien le souci, et pourtant j’ai plutôt intérêt à m’entraîner, plus tard si je n’y arrive pas, je vais y laisser plumes et neurones.
Ok, donc le boulot devient un terrain d’entraînement. Ca fait une semaine que ça tient, ça ne marche pas trop mal, même si je me sens vaciller selon les jours. Mais ça ne remplit pas mes journées. Je suis épuisée de ne rien faire, de cette fatigue malsaine et tellement difficile à faire disparaître.

Et dans le cercle vicieux, tout se prend au même filet: le manque de motivation au travail, le manque d’envie d’écrire, le manque d’envie de lire; j’ai quelques vacances encore à poser d’ici au 31 mai mais j’en suis à me dire que je ne veux pas les poser trop tôt, par peur ensuite du vide qui va m’attendre, de la reprise qui sera encore plus dure, et de devoir patienter jusqu’à cet été.

Ce n’est qu’un passage. Qui dure, beaucoup trop longtemps. Tôt ou tard, le rythme reviendra. Et j’ai fait en toute conscience le choix de rester, parce que j’ai besoin de cette stabilité financière pour avancer sur le reste, et simplement parce qu’il faut que j’utilise cette situation pour construire l’avenir.
Mais honnêtement, rester 8 heures par jour bloquée derrière son pc c’est du gâchis. Même moi, je n’aurais jamais pu imaginer dire ça un jour….

mimosa.jpg

Et pour me faire pardonner de cette grincherie (ça se dit si je le veux), des mimosas en fleurs, après un week-end si ensoleillé et sympathique que vraiment, je me suis sentie en vacances pendant 48 heures…

18 & 19 Janvier

18 Janvier: Fragments du jour racontés en recette de cuisine

De gros litres de fatigue. Séparez entre fatigue physique, et fatigue morale. Un soupçon de temps qui peine à avancer.
Plusieurs sachets de questions sans réponse. A délayer dans des interrogations et doutes sur soi-même. Ses capacités.

Battre énergiquement, jusqu’à obtention d’une pâte bien uniforme. Y rajouter 2 ou 3 cuillères de contrariétés professionnelles, pas besoin de prendre du premier choix, mais la marque standard suffira.
Laisser reposer le tout, allumer la plaque, bien faire chauffer sans toucher.
Faire cuire pendant un trajet retour en parsemant par-dessus d’informations ridicules.
Vous obtiendrez une parfaite soirée où rien ne va plus, et où vous vous coucherez en ayant l’impression d’avoir été lamentable du matin au soir!

19 Janvier: dilemme…

Je sors d’une période de dilemme professionnel. Ces dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes, parce que j’avais beau ne pas avoir forcément le fin mot de l’histoire, certains choix se posaient à moi, avec des conséquences importantes, sur du long terme.
Rester, partir. Préférer la sécurité ou considérer que l’opportunité est un signe attendu depuis fort longtemps? Essayer de transformer la décision finale en positif, quoi qu’il arrive. Choisir de ne pas être volontaire, ou l’être? Se laisser aller, confiante dans les signes, ou choisir, forcer un peu la porte?

Et lorsqu’enfin la réponse et le soulagement se sont présentés, une nouvelle hésitation. Accepter de signer, refuser, influer sur la décision? Choisir l’argument humain, l’argument professionnel? Faire face à nos revendications, les assumer jusqu’au bout, ou décider que nous esquiverions parce que les conséquences risquaient d’être difficiles à assumer?

J’ai suivi le courant. Je n’ai pris aucun risque. J’ai suivi la majorité sur cette dernière question, et ployé face à une force qui me dépassait pour la première. Pas de quoi être fière. A peine de quoi être soulagée…

Un jour, j’oserai?

29 & 30 Décembre

29 Décembre: on ne me la fait pas…

..De me faire croire que ce timing, sans avoir été soigneusement calculé, arrange quand même bien les têtes chapeautées là en haut. Savoir que 80% du personnel est en vacances, leur flinguer leur fin d’année avec un mail vraiment pourri et illisible, un tableau tout aussi incompréhensible, qui fait naître bien plus de questions que de réponses, mais coup de chance (pour eux!) les personnes susceptibles de répondre à ces questions sont inatteignables…

Ce qu’on me fait, par contre, c’est de balancer ce mail au moment où je suis la seule de piquet, et atteignable. Sans plus de réponses que mes petits collègues, mais au moins je décroche le combiné. Et donc, je les ai tous en ligne. Et donc c’est à moi d’essayer de décrypter avec eux. Ah bien sûr, là c’est vraiment la faute à pas de chance pour moi. C’est une information que je pensais avoir pendant que moi j’étais en congé, et qui est incidemment partie pendant que je suis la seule à travailler.

Alors oui certes, la guillotine s’éloigne de plus en plus de mon cou. Mais attention hein, il faut encore prendre ce dernier communiqué avec beaucoup de précautions, ce ne sont pas les répartitions définitives, blablabla. Je n’en peux plus de cette usure de l’incertitude, et là par-dessus le reste, j’aimerais qu’on m’explique comment demain, je vais devoir gérer mon collègue qui vient à l’agence bravement, alors que la ligne qui devrait correspondre à son nom a bien été affichée, mais que personne ne peut le lui garantir, parce que si c’est le cas, il y a eu une énorme erreur d’étiquetage.

Joyeuses fêtes de fin d’année, messieurs nos dirigeants. Trève de Noël, et trève des confiseurs sont des mots qui vous sont parfaitement inconnus, au cas où nous en douterions encore….

30 Décembre; une phrase que j’ai dite…

“Bonnes fêtes de fin d’année (…quand même…)”.
Avec plus ou moins de joie, de plaisir, de sincérité, d’enthousiasme, de sourires, de peine, d’empathie…Parce que je l’ai dit à des clients (les rares qui travaillaient comme moi, désespérés de solitude), les fournisseurs (encore plus rares), les collègues, les collègues en instance de licenciement, des copains…
Je ne l’ai pas dit tant que ça, mais un peu quand même. Et parce que je n’ai pas beaucoup parlé non plus, étant seule à l’agence, si ce n’est de choses totalement inintéressantes.
Parce que le coeur n’y était pas tout à fait aujourd’hui, lendemain d’hier.

Mais aujourd’hui aussi, c’était veille de week-end prolongé…

noel-10.jpg

Ah, quand je vous disais qu’il y avait eu de la neige, je n’avais pas menti!
Et vous constaterez également que je publie bravement très en retard…Et que non, je n’ai même pas tenu ma résolution de fin d’année, ni écrit pendant mon week-end prolongé. Et oui, j’ai très honte…

Intermède

Les bonnes résolutions, ce n’est vraiment pas mon truc.
Je suis partie une bonne semaine, en me disant que je m’octroierais chaque jour une petite fenêtre d’écriture, pas forcément directement sur mon blog, histoire de continuer mes 365. J’avais consciencieusement embarqué dans mon sac à main le petit carnet et les intitulés. Je les ai promenés aux 3 destinations, sous le soleil, la neige et la pluie, par -8 et +5, dans 2 pays différents, et je n’ai rien ouvert. Et je n’ai pas écrit une ligne.
Je vais donc zapper ces quelques journées, et recommencer à aujourd’hui. Avec un point d’interrogation sur la fin de la semaine, où je ne serai à nouveau plus à la maison. Mais le rythme devrait être moins effréné, ce serait bien de finir l’année en respectant un minimum d’engagement, non?

Sinon, eh bien…Quelques repas (la majorité!) ultra caloriques, 6 kilos de plus (au moins, j’ai boudé ma balance de référence que je ne croise que 2 ou 3 fois par an), des réunions et des centaines de kilomètres plus tard, nous rentrons d’un marathon familial et amical. C’est l’inconvénient de vivre à peu près à l’autre bout de là où habitent nos proches: pour les fêtes, ça complique quelque peu l’organisation et la logistique.
Certes, on pourrait jouer aux gentils sauvages et envoyer tout le monde balader, mais ce n’est pas franchement notre style. Et on avait épuisé l’année dernière la carte “venez à nous, on ne bouge pas”. On pourra peut-être repasser par cette case l’année prochaine, qui sait, je pense que c’est ponctuellement renouvelable.

C’était chouette, mais épuisant. Et me revoilà à mon bureau, morose et contemplant l’écran avec plus d’intérêt à remettre à jour ma bloglist et la centaine de billets en attente de lecture que pour les rares mails pros et les quelques vagues tâches professionnelles qui m’attendent. Nous flottons dans un no man’s land juridiquement improbable et inconnu en ce qui concerne notre statut et notre devenir, qui ne sera finalement statué qu’en début 2011, joyeuse année. Autant dire que l’once de motivation qui pouvait encore briller en nous s’étouffe sous le manque de travail et les interrogations qui ponctuent de longues, très longues journées silencieuses. Nous devons être l’une des rares entreprises qui n’a pas fermé ses portes en cette trève hivernale, et je contemple avec dépit le soleil resplendissant derrière les fenêtres. Au moins je suis au chaud, mais c’est une bien maigre consolation.

J’ai passé mon premier Noël blanc (vraiment vraiment très blanc) depuis de très longues années, je me suis réchauffée et régalée de tous ceux qui nous ont entourés, je n’attends que le week-end prolongé à venir, et je reprends timidement l’antenne…Dites, vous me tiendrez compagnie pour essayer de faire passer le temps plus vite?

11, 12 & 13 Décembre

11 Décembre: reproches…

Mon homme et moi avons respectivement vécu par le passé une expérience de couple plutôt foireuse. Dans laquelle, principalement, la communication était un vrai talon d’Achille, pour parler en euphémisme.
C’est l’un des nombreux points communs que nous partageons, et l’une des raisons pour lesquelles nous tentons de nous parler sans reproche, dans l’écoute et la compréhension de l’autre.
Jusqu’ici, sans orgueil, on y parvient plutôt bien. Sauf sur un seul sujet, tigré, 4 pattes, 2 oreilles, beaucoup de poils (qu’il perd) et des cordes vocales aiguës, qu’il utilise un peu trop souvent.
Mon chat est le seul élément de friction de notre couple. Une bonne chose au regard de tout le reste, mais un petit caillou dans la chaussure un peu gênant.

Oui, mon matou est un râleur invétéré, surtout depuis qu’il est dans un appartement sans possibilité de sortie, surtout depuis que le combat du mâle alpha se joue entre mon homme et lui (ils sont mus par je ne sais quelle loi de la nature idiote), surtout depuis que la soeur a disparu avant le déménagement, et qu’il se retrouve donc à vieillir en solitaire aigri.
De façon fluctuante, je dois ainsi m’interposer entre eux, l’un réclamant à sortir sur le balcon, rentrer 1 minute plus tard, manger, dormir ou simplement de l’attention, l’autre ne voulant ni être dérangé, ni couvert de poils (je ne peux pas le blâmer), ni entendre miauler. Et lorsque nous discutons du chat, c’est difficilement “dans le respect de la communication sans reproche”, et difficilement sans animosité.
Il faut se résigner, mon matou sera notre seul point de friction à tous les deux. Je ne désespère pas, à force de persuasion, nouveau déménagement potentiel espéré, médicaments contre la chute des poils (plus efficace que celui que j’ai actuellement…quelqu’un a une suggestion?) de parvenir à une solution, mais elle se situera dans un temps. Plus ou moins lointain.

Et je sais, oui, les reproches s’adressent au chat, pas à moi…

12 Décembre: un conte de fées…

Eh bien oui, Raiponce aujourd’hui avec Miss Blondinette. La séance de cinéma du dimanche matin, et nous avons eu la même idée qu’à peu près toute la banlieue sud de la ville, ce qui m’a fait craindre une annulation pour cause de manque de place. Mais pour la première fois, mon homme m’avait convaincue de tenter la 3D, et c’est peut-être ce qui nous a permis de rentrer juste à temps dans la salle avant la grande marée des désespérés refoulés de la séance normale et qui se sont rabattus sur la même que nous.
Je me suis laissée emporter par ce Disney annuel, qui a su allier les grands ingrédients de romantisme et d’humour. Je me suis laissée convaincre par la féérie des bougies, l’amour des personnages et la cupidité de la méchante sorcière. Moi qui suis d’ordinaire si imperméable à ces belles histoires à l’eau de rose, j’ai peut-être réussi à recontacter l’enfant qui était en moi, au point de désirer à tout prix entendre la phrase finale “ils vécurent heureux et longtemps”. On ne nous parle pas du nombre d’enfants qu’ils eurent, mais ça m’a suffi.

Féérie cet après-midi aussi, avec la représentation de 2 équilibristes talentueux et danseurs, lors d’une manifestation non loin de chez nous. Nous avons également écouté des contes, chanté, tapé des mains. Le tout, avant de décorer le sapin, symbolique cette année où nous ne fêterons pas ici, mais afin d’apporter une touche finale de magie à tout ce que nous avons vu et reçu.
S’achève ainsi un week-end rempli de jolies activités, et j’ai fait la bise à Miss Blondinette, le coeur serré de penser que je ne la reverrai désormais qu’après Noël…

13 Décembre: irréel…

Irréel d’imaginer que dans quelques jours, nous ne serons peut-être plus la même équipe au boulot. Plus dans les locaux. Plus ensemble et plus sous le même nom. Irréel, pour les quelques uns qui se sont déjà absentés, de se dire qu’ils ne reviendront plus dans la même entreprise…s’ils reviennent. Et impensable de réaliser la saignée sociale qui s’annonce et qui nous touchera inévitablement, reste à savoir dans quelles proportions…
Irréel d’arriver le matin à son poste et se demander ce qu’on va faire, comment on va tuer le temps qui passe pour avancer jusqu’à la date fatidique. Situation irréelle, exceptionnelle, où ce n’est pas nous qui sommes en cause, mais nous qui en subissons les conséquences.
Irréel parce qu’imaginer le futur, s’y projeter, même à 2 semaines, est totalement impossible. Je reste, mais sous une autre entité professionnelle, je pars, que vais-je faire, quelles vont être les échéances.
Irréel enfin, parce que tout cela correspond avec les fêtes de fin d’année, dont on dit qu’elles sont une fin, un tournant, un nouveau départ, et que jamais ça n’aura été plus vrai.
Reste à trouver sous quel signe placer 2011…

30 Novembre & 1er Décembre

30 Novembre: le prix à payer

Je suis dans les chiffres toute la journée. Oui, je sais que ça va en faire rire plus d’un ici, moi la littéraire qui déteste les maths, moi qui me crispe dès que je dois faire plus qu’une addition ou une soustraction, je n’ai jamais autant bossé dans les factures et les nombres que ces temps.
Restons modérés, je ne suis ni comptable ni contrôleuse de gestion, ou alors l’état actuel de ma boîte s’expliquerait bien plus facilement. Et de toute l’agence, je suis la “nana qui sait écrire”, ce qui donne régulièrement dans la journée des “Floh, “merci de bien vouloir nous retourner” avec -er ou -é ou -s”? - “Floh, tu voudrais bien venir me relire mon mail et me dire s’il est clair s’il te plaît”?
Et là, je chausse mes lunettes virtuelles, je m’arme de ma souris et de mon sourire, et je les aide à reformuler, et à corriger les fautes.

N’empêche, je baigne dans les prix. Du matériel et des prestations que nous vendons et que je dois appliquer, des règlements, des bilans, et particulièrement en cette période où le moindre centime ne se dépense plus comme on le voulait (chut, ça ne veut pas dire que c’était tout à fait le cas avant non plus), je vis dans une version améliorée et bien moins funky du juste prix.

Et de façon moins humoristique, le prix à payer, c’est aussi celui de chacun d’entre nous, travaillant pour l’entreprise, qui devons nous en acquitter pour des erreurs de dirigeants mégalos. Et là par contre, l’addition est salée, et vraiment douloureuse…

1er Décembre: en retard

Plus jeune, je portais une montre, et ma vie était rythmée par des horaires précis. Ceux des bus et trams que je récupérais pour aller à la Fac, ceux de mes horaires de cours, et de mes différents jobs; j’étais rarement en retard et j’avais une forme de crispation dès qu’il fallait attendre une dizaine de minutes. Je n’envisageais même pas de pouvoir vivre sans montre à mon poignet.

Et puis peu à peu, je me suis relâchée. J’ai appris que le temps n’était pas si facile à dompter. J’ai vécu à Paris, connu les galères des transports, et même si mon trajet était minuté en fonction de mon travail, j’avais de moins en moins de prise dessus, et je suis devenue fataliste. J’ai lâché les terreurs de mon père qui ne supporte pas l’idée de manquer un train ou un avion, j’ai couru sur beaucoup de quais et j’ai réalisé que j’étais toujours en vie. J’ai arrêté de porter une montre.

Aujourd’hui, chaque matin, j’arrive avec un bon quart d’heure de retard au travail. Que je pourrais éviter, mais cela nécessiterait que je me lève encore plus tôt, et parte encore plus vite. C’est un effort que je n’ai pas envie de faire, parce que je considère que les bouchons sont des impondérables, qu’ils m’arrangent pour gratter quelques minutes à écouter les infos et me réveiller pleinement, et que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Je récupère ces minutes autrement, et j’aime cet espace de liberté pas tout à fait autorisée que je m’octroie.
Je continue à être ponctuelle pour ce qui me tient à coeur, je continue à apprécier qu’on me prévienne de tout retard, parce que c’est une forme de respect, mais j’ai assimilé le quart d’heure….vaudois, normand, gascon, montpellierain, toulousain, ou quel que soit son nom, puisque tout le monde veut se l’attribuer.

Ce matin, parce que magiquement j’ai mis moins de temps à me préparer et que j’ai pu partir bien plus tôt, je suis arrivée pile à l’heure, et j’ai trouvé ça beaucoup moins drôle. Et la matinée m’a paru très longue, rallongée de ces 15 précieuses minutes…

17, 18 et 19 Novembre

17 Novembre: des hauts et des bas

Voui. Eh bien les montagnes russes, c’est un peu ma vie du moment. Des hauts et des bas émotionnels. Des hauts et des bas professionnels. Un écartèlement entre les envies, les projets, les désirs qui me mordent le coeur et l’esprit, et la réalité du quotidien, celle pour laquelle on doit se lever, s’habiller, s’envoyer les bouchons, raler, et dérouler la journée.

Des hauts et des bas parce que je suis incapable de projeter ce que je serai dans 1 mois. Tout est en attente. Nous vivons les plus dures heures (journées, semaines…) d’une vie d’entreprise. Celle où l’on doit assimiler, digérer l’idée que nos efforts et nos investissements n’ont servi à rien. Accepter que l’un de ces nombreux patrons, le nôtre, avec sa folie des grandeurs, a réécrit avec notre participation involontaire la fable de la grenouille qui se prenait pour un boeuf.
Aujourd’hui, nous sommes en train d’éclater.

Et éclatent en même temps mes peurs, mes craintes, mes résistances, mes doutes. Ce que je dois combattre chaque jour pour concrètement, enfin, vivre ce que j’ai à vivre. Prendre le chemin qui clignote depuis si longtemps. Et avancer, au lieu de réfléchir à l’hypothèse de mettre le pied droit avant le pied gauche.

18 Novembre: c’est parfois si simple de….

J’ai passé la journée à trouver ce qui pourrait être si simple. Dans ma journée, ou dans la période actuelle. Mille et une choses tout à fait personnelles que je ne vais pas forcément étaler là, mais je suis aussi dans un état d’esprit alourdi par bien des complications autour de moi.
La simplicité n’est pas une évidence sur tous les sujets en ce qui me concerne. Elle l’est pour les petits bonheurs quotidiens. Les pointes de saveur délicieuses, un café au bord de la mer, un rayon de soleil hivernal sur le visage, regarder Miss Blondinette et son père rire ensemble et jouer, découvrir le bonheur de vivre à 2 ou 3 de façon sereine, ce qui, il y a quelques années encore, me paraissait impossible.
Mais ces temps, je suis alourdie par tout ce qui me bouffe 8 heures par jour et que je n’arrive pas à distance.
Aujourd’hui, il aurait été simple (ou pas) de faire demi-tour dans les bouchons d’1h20 qui m’ont fait arriver à une heure totalement indécente à l’agence. J’aurais dû, finalement, mais si l’acte est simple, les conséquences ne l’étaient clairement pas.

Il est parfois si simple de respirer un grand coup et amener de la légèreté dans notre vie. En théorie. En pratique, quand l’état d’esprit n’y est pas, la simplicité ne suit pas non plus…

Et je ne suis clairement pas satisfaite de ce billet-là, que j’ai mis un temps fou à trouver, non pas à écrire, mais qui veut tout dire et rien à la fois. Et d’autant moins satisfaite de savoir que ça se manifeste sur un sujet pareil, qui me tient à coeur. Révélateur avez-vous dit, mon cher Watson?

19 Novembre: une lumière…

Comment parler d’autre chose que de la lumière de ce matin, au moment de partir bosser? Soleil levant, ciel embrasé et au loin, le sommet enneigé des Pyrénées, tout au long de la route des images qu’on rêve de figer en photo mais qui ne rendraient rien, frustration intense.
La lumière d’un arbre encore enflammé de ses couleurs automnales, un rayon de soleil qui le caresse.
La lumière rougeoyante du soleil couchant dans le rétroviseur au moment du retour. Je suis dans une période où mes horaires de travail correspondent au lever et coucher du soleil, j’en profite au maximum.
Je suis une fille qui aime la lumière, bien plus que l’obscurité. Je me sens bien lorsque je suis dans un lieu vitré, lumineux, rempli de soleil, la baie chez nous m’enchante tout particulièrement et même si j’apprécie les ambiances feutrées, je ne pourrais pas envisager de vivre dans un lieu qui ne soit pas illuminé de toutes parts.

Aujourd’hui, la lumière était douce au matin et au soir, plus grise en journée mais qu’importe. C’était vendredi….

couchant.jpg

Soleil levant depuis chez nous, un matin comme aujourd’hui…

Brève d’automne - hivernale

Il fait un joli petit 16 ou 17 dans les bureaux depuis ce matin. Le syndic n’a pas jugé bon nous remettre le chauffage plus tôt, parce que dit-il, “il y avait trop d’amplitude de température dans la journée jusqu’ici”. Je crois que je vais leur proposer de prendre notre place pendant une dizaine d’heures, pour qu’ils constatent eux-mêmes le résultat des “amplitudes de température” dans un rez de chaussée qui n’est pas ensoleillé.

Du coup, neurones encore plus engourdis que d’habitude. Je ne me cherche même plus d’excuse pour la désertion de ces lieux, mais sachez que je culpabilise malgré tout. Ca vous fait une belle jambe, je sais.

Je vous en avais déjà parlé, je travaille avec un ovni en la personne de mon collègue direct. Avec lequel je suis donc capable, comme ce matin, de discuter design d’aspirateur, et puis le pour et le contre de telle marque contre telle autre, parce que celle-ci roule mieux, et celle-là est bien plus silencieuse. Ce qui me fait halluciner pour 2 raisons: je ne suis pas du tout une spécialiste des aspirateurs, et je n’imaginais bêtement pas deviser sur les avantages et inconvénients d’un aspirateur avec un collègue masculin. Tout est donc possible, et je rassure ici mes lecteurs, le partage des tâches a bel et bien lieu chez moi, faisant que je ne suis pas la seule à passer l’aspirateur.

Cet ovni-là, je l’avais dit aussi, est un mélomane averti, et surtout exigent. Ne supportant donc pas n’importe quelle musique. Il a pris l’habitude, au travail, de ne pas imposer ses goûts musicaux un peu spéciaux et qui peuvent vite lasser, et m’a demandé ce qui me tentait.
Je ne suis moi-même pas trop trop difficile, du moment qu’on ne m’inflige pas des choses conceptuelles impossibles à écouter; je suis plutôt du genre à apprécier l’opportunité d’un fond muscial, et je ne cherche donc pas à influer les choix, je suis fatalement bien plus éclectique que mon collègue, qui ne supporterait sans doute pas très longtemps ce que je trouve personnellement fort joli. Et comme je serais vite lassée de ses critiques, je lui laisse donc les rennes.

C’est ainsi qu’après tâtonnements et debriefings entre nous, il a arrêté son choix sur FIP. On ne présente plus la station capable de nous passer du rap, enchaîné de façon magistrale sur un Lied de Schumann (il a écrit des Lied, lui, d’ailleurs?). FIP a ses bons jours, avec des programmations intéressantes et plutôt agréables, et d’autres (comme aujourd’hui, ce qui m’a donné l’inspiration de ce billet) où on a juste assez envie de mettre un bon vieux rock, histoire de se souvenir de ce que peut être une vraie mélodie! Et d’ailleurs, je ne me prive pas pour le faire remarquer, dans ce cas on switche sur du classique, ou un peu de jazz (le rock fait vite réagir notre Yaka présent, et en open space, ça ne s’écoute de toute façon jamais comme ça le devrait).
Non, je ne suis pas difficile.
N’empêche, FIP et la voix cotonneuse de ses présentatrices qui paraissent avoir fumé leur kilo d’herbe avant de prendre le micro, m’ont toujours laissée très mal à l’aise. Je n’adhère pas, je ne rentre pas dedans. J’ai du mal avec l’absence de cohérence, et même en musique d’ambiance de bureau, il y a des jours où ça me pèse plus que d’autres. C’est d’ailleurs la seule bonne raison que je vois dans le passage aux 4/5ème de mon cher collègue en Novembre: j’aurai 1 jour par semaine où je pourrai me mettre mes morceaux à moi, sans craindre ses critiques!
Et puis tout à l’heure, à moitié glaconnée et congelée, j’écoutais la programmation, j’entendais la voix, et j’ai peut-être été moi-même touchée par le kilo d’herbe qui transpirait des hauts parleurs, parce qu’un vieux souvenir est remonté à la surface comme une bulle de savon: celui de la salle d’attente de mon généraliste à Paris, dans laquelle j’ai passé des heures entières, parce qu’il était en retard (à ce stade, c’était bien plus que du retard…) sur son planing, et en fond musical, ces voix embrumées reconnaissables entre toutes! Et moi, qui me disais que réellement, tout était insupportable dans le paysage: la musique, la salle d’attente grise, triste et totalement impersonnelle, mon état fiévreux ou maladif….

Comment voulez-vous aimer une station, quand ça vous rappelle de tels souvenirs?

Et puis non, même pas de photos. Oui c’est pitoyable, je sais, j’ai honte…

De l’autre côté du miroir

Je me souviens, il n’y a pas si longtemps…..

Il y avait d’abord la rédaction de la lettre de motivation. Et puis l’adaptation du CV. Reprendre les formulations connues, mais personnaliser. Donner l’envie de me découvrir. Sans faire dans le trop convenu.

Ensuite, le premier coup de fil. Celui qui dit “on veut vous rencontrer”. L’excitation et le stress. Se préparer aux questions pièges, et réviser son parcours. Expliquer les incohérences, les transformer en force, en points qui vont démarquer. Le jour J, s’habiller correctement sans trop en faire, garder le sourire et essuyer les mains moites. Pas de trémolos dans la voix. Convaincre, rester sûre de soi, ne surtout pas montrer qu’on peut être destabilisée par des questions qu’on n’a pas vu venir. Jauger l’autre, et accepter d’être jaugée. Après un certain nombre d’entretiens, on n’en est même plus à se dire si oui ou non ça nous conviendrait, on sait que si on nous dit oui, on fera en sorte que ça se fasse. En face, il ou elle est tellement sérieux/se, on sonde, on n’y parvient pas. Tenter une blague? Non, trop risqué.

Ensuite, nouvelle attente. Celle de l’appel décisif. “Vous serez informée au plus tard dans 3 jours”. La date passe. Rappeler ou pas? Se montrer insistante, voire invasive, risquer de déplaire ou au contraire, prouver qu’on en veut, qu’on est intéressée, qu’on sait s’imposer?

Et enfin, le téléphone sonne. Avec au bout du fil, la désillusion, celle dont il faudra remonter péniblement. Raccrocher, s’accorder le droit d’être dégoûtée, découragée, mais puiser dans ses ressources pour recommencer, parce que pas le choix après tout, il y a les contraintes extérieures, et puis la lassitude intérieure qu’il faut rompre. Passer outre les explications du “pourquoi pas” qui ne valent pas un clou, ou alors s’en offusquer. Ou remercier de la sincérité, et profondément regretter. “On vous assure, on a longuement hésité entre vous et l’autre”. Oui, mais c’est l’autre au final. Et rien que ça, il faut s’en remettre, quand c’est la 3ème, 4ème, 10ème fois qu’on l’entend.

Ou alors, un jour, enfin “oui c’est vous”. Tellement inattendu qu’on fait répéter 3 fois. Qu’on hésite à en informer les proches, tant on est devenu superstitieux de ce oui tant attendu et qui n’arrivait jamais, auquel on n’osait plus croire. Qu’on regarde son contrat les yeux béats, même si le salaire est ridicule, les conditions de travail lamentables. On accepte tout. Et en face, ils en jouent.

Aujourd’hui, je suis de l’autre côté du miroir.
Depuis 2 semaines maintenant, on m’a demandé de mener un recrutement, quasi de A à Z. Certes, d’un contrat d’apprentissage. Mais pour ces jeunes de 20 ans que j’ai eus au téléphone, et face à moi, j’ai bien compris que c’était le contrat de leur vie qu’ils cherchaient. Et que le succès avait tout autant d’importance que pour chacun d’entre nous, à un moment de notre vie.
J’ai vu la difficulté dans le choix. La douleur de trancher alors que plusieurs plaisent. L’obligation d’être objective, pour l’entreprise, pour moi, et puis la subjectivité et l’émotionnel qui rattrapent aussi, malgré nous. En les regardant se présenter, l’un timide et effacé, l’autre sûre d’elle et décidée, je me voyais devant un bloc de pâte à modeler, d’où la figurine n’était pas encore née. Et pour l’un d’entre eux, je serai partiellement responsable de ce que deviendra ce bloc de pâte. C’est une lourde responsabilité.

Je suis heureuse d’avoir pu expérimenter cette aventure, de ce côté-ci. D’avoir pu ressentir de l’empathie, et m’obliger à rester néanmoins distante, par obligation professionnelle. C’était une forme de revanche sur mon propre parcours, mais aussi une façon de comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce que j’avais vécu de douloureux dans mon passé, comme tant d’autres.

Aujourd’hui, il me reste néanmoins le plus dur à faire: appeler celle que nous n’avons pas retenue alors que je l’aurais souhaité, et lui offrir les arguments constructifs pour lui donner envie de se battre encore, et de continuer. Et le plus facile aussi: appeler celle qui est retenue, et la féliciter. Et pour elle, je sais que le poids sur ses épaules disparaîtra d’un coup, et qu’elle aura bien raison de se sentir fière, car elle l’aura mérité!

100_0674.JPG