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2.12.2011 par Flo.
J’ai un collègue avec lequel je m’entends particulièrement bien. On se fait des blagues potaches, on se tape dans le dos (enfin pas trop fort, il fait à peu près trois fois mon poids et deux fois ma corpulence, c’est un peu comme Obelix quand il veut te faire un câlin en fait), c’est le seul à qui j’ai raconté mes malheurs de cette année et qui sait qu’il peut y avoir des jours plus difficiles que d’autres. Sous ses dehors de rustaud mal dégrossi (c’est une image uniquement!), il a une sensibilité très particulière, et on peut s’envoyer balader et 5 minutes plus tard rigoler comme des gamins. Ca fait du bien de l’avoir dans les parages.
Ce collègue, donc, qui me connaît particulièrement bien, sait que je tyranise régulièrement l’agence pour avoir mon stock de chocolats. Et qu’il n’est pas parmi les premiers à m’offrir de quoi compenser mon stress et mon ennui au boulot, et donc qu’il faut parfois qu’il rattrape le coup.
Comme il n’aime pas juste rapporter des choses “pour dire”, il cherche le gag.
Sur ce coup, il l’a bien trouvé.
Parce que franchement, même si je n’écris plus beaucoup, vous savez que le rose et les princesses, je commence à tolérer vu que Miss Blondinette les a un peu introduits dans mon univers, mais que je continue à ne pas être une vraie fan des paillettes et du girly.
Ben n’empêche, il m’a offert ça:
Si, il a osé.
Et là tout soudain, me voilà avec un cas de conscience:
-Je le garde et je me ridiculise officiellement, reniant 3 ans et demi de mon image professionnelle à faire comprendre à tous ces joyeux lurons qu’il était hors de question que je me rabaisse à des trucs pareils?
-Je le refuse, le ramène à Miss Blondinette qui sera heureuse comme une…princesse avec ce calendrier, et le vexe? (et surtout ne peux plus exiger de chocolat pendant les 3 ans à venir? Enfer et damnation!!)
Ah oui, il était totalement hilare quand il me l’a tendu. Parce que bien entendu, derrière chaque petite porte, il y a du chocolat. “T’as voulu du chocolat, t’en as. On est quittes”, qu’il me balance en se bidonnant.
Je l’ai gardé, évidemment. J’en suis à la porte 2 et je fais grand bruit chaque matin en claironnant que j’ouvre mon petit chocolat quotidien. Je suis ridicule et j’assume. D’ailleurs les chocolats ne sont pas si bons que ça, faudra que je lui dise….
Posté dans En bref, ma petite entreprise, renaissance | 7 commentaires »
16.5.2011 par Flo.
Oui je sais, je n’ai jamais aussi souvent lâché ces pages, mais j’ai beau me convaincre, ces temps l’écriture m’échappe.
La période est dense, et me laisse éloignée du virtuel (du moins celui qui ne me permet pas d’être dans l’échange direct), et ce blog est le premier à en payer le prix.
Je me rassure en me disant que ce n’est que temporaire (et c’est le cas, même dans cette période de disette intense, je n’ai jamais une seule seconde envisagé de fermer ce lieu ou de le rendre définitivement muet), mais c’est un temporaire qui dure.
Il se passe plein de choses autour de moi, de très très belles et assez bouleversantes, d’autres plus nuancées, ce sont les couleurs de la vie et j’y fais face avec plus ou moins d’énergie et de facilité. Tout ce que je ne peux donc pas consacrer à ces pages, en surplus.
Mais là, il était urgemment temps de faire revivre ce lieu, d’abord pour ne pas y laisser, en page d’accueil, un billet qui me retourne encore les tripes et le coeur (et la photo qui va avec), mais surtout pour donner une note plus joyeuse, bien que grave.
Je dois vous annoncer la naissance tant attendue et si longtemps souhaitée d’un site, et par là même d’un projet et d’une entreprise que je suis depuis plusieurs années, et je suis heureuse et fière de célébrer la venue au monde:
Et maintenant, Cher Lecteur, toi que je n’interpelle jamais par volonté et choix de te laisser tranquille et dans ton coin, je vais pour une fois te solliciter et te demander de m’aider: à faire connaître ce lieu, à le twitter, le facebooker, utiliser tous les réseaux sociaux que je n’imagine même pas (et n’ose imaginer) et toute ton immmmmmmmmense influence de professionnel du virtuel, afin que ce lieu fasse le plus de buzz possible!
Ce bébé, c’est mon Amie, celle de plus de 10 ans, celle qui a été à mes côtés comme si on se connaissait depuis toujours, dans les hauts et dans les très bas, qui l’a enfin mis au monde. Et crois-moi, ça n’a pas été facile, il a fallu qu’elle lutte, qu’elle se convainque de sa légitimité à faire vivre un projet pareil, à prendre la responsabilité d’accompagner des femmes dans un moment clé de leur vie et à penser, puis à franchir les étapes pour enfin créer son entreprise. Ca n’a peut-être l’air de rien de l’extérieur, mais pour l’avoir suivie, encouragée, aidée tant bien que mal, je t’assure, c’est une belle victoire.
Alors cet essai, il mérite d’être transformé, et je sais qu’elle y arrivera déjà fabuleusement toute seule, mais après tout il faut vivre avec son temps, et j’ai envie de l’aider de toutes les manières possibles.
Aujourd’hui, ce doit être à peu près l’une des seules fois où je regrette de ne pas être une Grande Blogueuse Influente de la Blogosphère de France et de Navarre (et d’ailleurs, mais ça va finir par faire un peu loin pour venir la consulter, on va attendre qu’elle soit tellement connue qu’elle se mette à voyager, d’accord?), mais je pense que j’ai un suffisamment chouette lectorat qui peut déjà faire beaucoup à sa façon.
Bien sûr, je ne fliquerai personne, et je suis consciente que le thème choisi ne parlera peut-être pas à tout le monde. Mais c’est un sujet d’actualité (et une actualité permanente, par la force des choses), et ma fois, si parmi vous certains pensent que ça mérite un coup de pouce, n’hésitez pas.
Bien entendu, les commentaires sont ouverts, la principale intéressée n’est pas loin et lira, je lui offrirai tout l’espace de parole dont elle pourrait avoir besoin en cas de questions de votre part, ou demande de précisions. Et puis chez elle, c’est chaleureux, c’est ouvert, c’est douillet, c’est à son image et à celui de son cabinet (qui est juste un petit paradis, et je ne dis pas ça parce que je l’ai vu se transformer, je n’y ai d’ailleurs pas suffisamment mis les mains dans l’enduit pour pouvoir m’en vanter, shame on me!)
Alors voilà Grand Lecteur Respecté, merci de m’avoir accordé ton attention, et merci de lui accorder à elle, toute l’attention et tous les encouragements qu’elle mérite.
Et n’oubliez pas de revenir régulièrement sur son site, le blog s’incrémente, elle a plein d’idées merveilleuses, et plein de sujets de discussion dont elle rêverait de débattre avec vous!
Posté dans renaissance | 4 commentaires »
4.2.2011 par Flo.
Le 4 Février maintenant, c’est une date tout à fait banale. Entre le 3 et le 5, un début de mois plus court que les autres. Aujourd’hui c’est un vendredi, ça suffit à me coller le sourire, et puis c’est un peu difficile aussi parce que je n’ai plus 20 ans (ni 30, boudiou), et que la soirée d’hier un peu plus arrosée que la normale a du mal à passer. Mais j’assume.
Le 4 Février, après tout, j’en ai déjà très bien parlé ici, et je crois que je ne pourrai jamais dire plus (ni mieux en fait, pour une fois que je suis contente d’un billet) que ce que j’ai rédigé.
Je crois que de hausser les sourcils quand mon Amie me dit “ah mais aujourd’hui c’est un peu spécial quand même, tu fais une note à ce sujet/ tu y penses un peu/ tu te rappelles?”, c’est la preuve que justement, non, ça ne vaut plus forcément la peine d’y revenir. Du moins pour la part négative de cette date, la part positive perdure dans mon quotidien, et chaque journée à ses côtés est un 4 Février sans les angoisses et la panique que ça avait provoqué. En résumé, c’est le bonheur.
Donc, disais-je, je ressemble quelques secondes à un point d’interrogation, je fouille dans mes archives internes, me souviens vaguement qu’en effet, un certain 4 Février 2007 une forme de ras de marée m’avait submergée et laissée pantelante sur la plage d’un nouveau continent de ma vie à explorer, et que oui, ça pourrait être une date anniversaire.
Sauf que voilà, depuis j’ai assimilé les douleurs qui ont accompagné cette date, j’ai digéré, j’ai appris, j’ai collé de bien plus belles images par-dessus, et j’ai rangé la date dans mes tiroirs de “journée comme les autres”. J’ai encore suffisamment d’occasions (trop) de me souvenir de mon passé ni victorieux ni délicieux, et ça me suffit.
Cet après-midi, mon amie m’a dit “oui mais moi, je m’en souviendrai toujours parce que c’est à cette date que je me suis dit qu’enfin, tu as décidé de prendre ta vie en main. Et de vivre tout simplement”.
Je lui ai répondu que ça m’allait très bien. Moi, d’oublier la date. Elle de me la rappeler. Que symboliquement je trouve ça plutôt pas mal: c’est important que je ne me retourne pas éternellement sur mon passé, mais j’apprécie qu’on me pointe du doigt ce que j’ai surmonté, juste pour que je m’en souvienne et que je continue d’avancer. Et surmonter ce qui se dresse encore face à moi.
Merci à elle. Et tous ceux qui m’ont entourée il y a 4 ans. Et m’ont permis de vivre, ni plus ni moins…
Posté dans Petits plaisirs & petits bonheurs, renaissance | 3 commentaires »
31.1.2011 par Flo.
Je disais donc que j’ai feuilleté ces derniers temps les quelques centaines de photos familiales numérisées et gravées par mes parents. Petit paquet de cd’s qu’ils m’ont offerts pour mes 30 ans, et qu’ils réactualisent de temps en temps. Ca a du bon d’être à la retraite.
Je les ai regardés en contemplant cette petite fille d’un regard interrogatif, me retrouvant un peu, ou alors pas du tout. Et m’étonnant toujours et encore de cette amnésie totale que j’ai pu développer au sujet de certains pans de ma vie.
Une chose m’a frappée aussi tout particulièrement, qui m’amène à développer ici un thème que j’ai déjà maintes fois abordé en ces lieux, en tournant un peu autour du pot néanmoins: je me suis vue avec de jolies couettes, des barrettes, plein de robes à petites fleurs, jamais trop, mais jamais trop peu, juste ce qu’on a l’habitude de voir d’une petite fille dont les parents prennent soin (en prenant en compte le goût du début des années 80 en matière vestimentaire, bien entendu…)
Si vous m’aviez posé la question “comment étais-tu enfant?” je vous aurais répondu “en pantalon, cheveux courts, bien plus masculine que féminine”.
Oui, j’ai été cette fille garçon manqué-là aussi, mais bien plus tard. A l’adolescence. A la période où les jeunes filles doivent assumer les changements de leur corps, et les bouleversements qui les accompagnent psychologiquement parlant. J’ai juste collé cette image-là, dont je me souviens, à une enfance différente dont j’ai tant oublié.
Longtemps, très longtemps et parfois même encore aujourd’hui, ma conception du monde a été manichéenne. Je catégorisais, je rangeais: on est un garçon manqué, ou une fille ultra girly. On aime la mer, ou la montagne. On est quelqu’un de bon, bienveillant et généreux, ou alors on est une âme mauvaise, noire et dangereuse. On est une maman, ou une professionnelle épanouie. Une Suisse neutre et raisonnable, ou une Italienne caractérielle.
J’ai eu besoin de certitudes pour me construire. Comme chacun d’entre nous, mais j’ai utilisé ce schéma-là pour y parvenir, par je ne sais quels détours de mon inconscient-ce-taquin.
Ce schéma m’a emportée dans de drôles de paradoxes. Dans la souffrance la plus extrême avant de pouvoir assumer un divorce. Dans un déchirement permanent à force de refuser de voir qu’une seule et même personne pouvait être Janus. A ne pas assumer mes choix ni savoir quel costume enfiler, à devoir jouer la comédie et ne jamais me sentir à l’aise. C’était comme si volontairement je décidais de rester sur la corde du funambule, toujours au bord du déséquilibre et de la chute, alors que j’avais le sol plat, lisse et solide à 50 centimètres sous mes pieds.
Je peinais à entrer en contact avec les personnes que je ne parvenais pas à ranger dans une case ou l’autre de mon schéma. Selon ce que je percevais d’elle, je ne peux pas dire que je m’en contentais, mais je n’arrivais pas à patiner le dessin, à l’atténuer, à nuancer. Je me lançais à corps perdu dans la relation, je pardonnais tout et passais sur tout par passion, ou je me fermais et ne laissais aucune seconde chance. Faux départ, pas de route. Et je pouvais tout aussi bien être d’une innocence à couper le souffle, et en arriver à plonger très loin dans le pays des bisounours rempli d’arc en ciel. Si si, même si ça faisait mal aux yeux.
Depuis quelques temps, je crois que je retrouve mon équilibre. Oh bien sûr, je suis encore un peu de tout cela. On n’enlève pas sa seconde peau aussi facilement qu’un costume, lorsqu’on prend des habitudes même mauvaises, il est toujours bien plus long de les perdre que de les acquérir. Je me fais encore bien peu confiance, et j’ai bien souvent besoin d’un temps d’adaptation, comme un décalage pour repérer mes tendances extrêmes et me modérer. Parfois je n’y arrive pas toute seule.
Mais j’apprends aussi à devenir pleinement moi-même, à réunir ces deux parties en moi qui se faisaient la guerre et se battaient pour obtenir l’exclusivité. J’accepte l’être humain et son paradoxe qui préfère décliner les tonalités de gris et qui ne sera jamais ni blanc, ni noir. J’essaye de m’apaiser et je m’autorise à aimer les pantalons et les jupes, à arriver le lundi en jeans et rangers, et le mardi suffisamment apprêtée pour m’attirer les remarques des mes collègues. J’assume de partir en vacances à la montagne et dire que la mer me manque ou l’inverse, et j’essaye de réfléchir à la mère que je pourrais devenir tout en mettant sur pied mon projet professionnel. Je garde un caractère entier, parce que c’est mon sang italien qui parle, celui qui bout à la moindre hausse de température, celui qui a envie de s’enflammer et s’enthousiasmer, et je laisse ensuite la partie suisse tempérer, adoucir, raisonner, argumenter.
Je me suis penchée sur cette photo déchirée et éparpillée qui me représentait, j’ai compris que séparément, ces petits morceaux ne feraient jamais une personne heureuse et harmonieuse. Mais si je les recolle, même grossièrement et avec quelques erreurs, finalement ça donne une femme mieux dans ses baskets ou ses escarpins.
Je ne saurai dire quand ce processus a commencé. Ce que je sais, c’est que cette petite fille, qu’elle soit en robe et couettes ou pantalon et cheveux courts, contribue à m’aider dans ce chemin même si je ne suis pas encore tout à fait arrivée au bout….
Mais oui, en robe et en collants. Par contre quand j’ai regardé ce que je tenais dans les mains, j’ai éclaté de rire. Et je me suis dit qu’il n’y avait pas meilleure illustration de ce billet que ce joli paradoxe de quand j’avais 4 ans!!
Posté dans Il était une fois..., renaissance | 5 commentaires »
11.1.2011 par Flo.
8 Janvier: une question lue quelque part…
Il s’agit plutôt d’une question de quelqu’un, reçue hier soir. “Que voudriez-vous voir écrit sur votre épitaphe”?
Alors je rassure les personnes que cela pourrait choquer: ça m’a été présenté comme un exercice sur mes valeurs profondes, celles que je veux faire vivre, celles que je veux transmettre. La personne (ma thérapeute) qui me l’a posée l’a fait avec mon consentement, en me prévenant que tout le monde n’appréciait pas des masses.
Moi, ça m’a fait sourire. Fatalement, ce jour arrivera. Le plus tard possible, mais il arrivera, pourquoi le nier? Je ne fais pas partie de ceux qui envisagent absolument sereinement leur mort. Je n’y pense guère, pour tout dire. Mais j’y pense, lorsque je veux trouver ce que je veux fondamentalement vivre. Ce à côté de quoi je ne veux pas passer. Ce qui m’est essentiel.
Il y a d’autres façons de faire cet exercice, lister ce qui paraît absolument indispensable à notre vie, lister ce qu’on ne veut absolument pas regretter, etc…Présenter l’exercice sous forme d’épitaphe, c’est aussi une façon extrême d’envisager la vie, et de rappeler que “eho, tu sais, eh bien tu dois la croquer tous les jours, chaque seconde, et ne pas perdre de vue ce que tu es, parce que ça peut s’arrêter à chaque instant”. Atropos peut à tout moment couper le fil….
J’ai émis quelques bribes de réponses, face à ma thérapeute. Et puis j’y réfléchis, maintenant, c’est en filigrane de mon quotidien. Et j’essaye de ne pas le perdre de vue…
9 Janvier: tentative de liberté….
Aujourd’hui, mais pourquoi aujourd’hui précisément, si ce n’est qu’il pleuvait, que nous cocoonions à la maison et que je prenais mon temps devant mon écran, je suis tombée sur un blog, le blog de cet homme qui m’a aidée dans le passé, que je n’avais plus revu depuis un moment, que je savais parti, sans trop savoir exactement, où, comment, pourquoi.
Ils ont près de 50 ans avec sa femme, ils en ont eu assez, un achat de maison et un déménagement ratés, ils se sont dit “après tout pourquoi pas, il est temps”, ils ont laissé leur grand fils chez eux, et se sont offerts 9 mois autour du monde. Et ont choisi d’en faire un blog, pour nous tenir au courant. Inde, Thaïlande, Amérique du Sud, me voilà à remonter dans les archives, les lire avec avidité, regretter un peu, envier beaucoup (je sais, ce n’est pas beau), à rêver et à me dire “et nous? Quand est-ce qu’on s’offre cette liberté? Quand est-ce qu’on envoie tout promener?”
Mais il y a tant, tant d’autres choses à réaliser avant / en parallèle / malgré / en faveur….
10 Janvier: livre posé…
Celui que je lis, et à chaque fois que je m’arrête, je me dis “c’est sûr, je ne le reprendrai pas”. Et puis je le reprends. Parce que c’est un livre que j’aime détester.
A la page 2, je savais déjà de quoi il parlait. A la page 10, j’ai regardé la bio de l’auteur, je me suis dit “mais elle débute”??? A la page 12, j’ai considéré que franchement, si une chose pareille trouvait éditeur, bien des gens devraient cesser de se poser des questions sur leur capacité à écrire.
A la page 20, j’ai compris qui était le meurtrier. Et ligne après ligne, j’avais l’impression de surnager dans “50 exercices d’écriture pour débutants - décrivez une fille sexy - décrivez un premier rendez-vous - décrivez les premiers émois - décrivez un univers de flics (et inspirez-vous de toutes les bonnes ou mauvaises séries américaines qui sont en train d’arroser les chaînes tv) - imaginez un dialogue entre 2 jeunes femmes amies”….Consternant.
Et pourtant, je le lirai jusqu’au bout. Je ne suis plus à 100 pages près, juste pour être sûre que j’ai raison. Et arriver, moi et ma bêtise, devant mon homme pour lui dire “tu vois, j’avais raison, franchement je me suis envoyé 300 pages et c’était totalement inutile, mais j’avais raison, c’est luiiiiiiiiii le meurtrier, mais qu’elle est bête, cette héroïne”!
Ca le fera rire, il me demandera pourquoi je n’ai pas été directement à la fin pour m’en assurer, je prendrai mon air offusqué de super-star “je ne fais pas de teasing, moi, môssieur”, il me demandera à quoi ça sert de perdre son temps à lire un livre aussi lamentable alors que j’ai une PAL longue comme un jour sans pain et remplie d’autres promesses bien plus alléchantes et je lui rétorquerai “juste pour pavaner devant toi, te dire que j’avais raison, et surtout, le bloguer!”
Ah oui, j’ai failli oublier! Le bouquin à ne surtout pas ouvrir, c’est celui-ci.
Et consternation de ma part: collection Harlequin! Là, en effet, je commence à sérieusement douter de ma capacité à aller jusqu’au bout….
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10.1.2011 par Flo.
6 Janvier: que deviendra cet enfant plus tard?
Souvent en regardant miss Blondinette, je me demande ce qu’elle deviendra. Qui ne le fait pas, en contemplant un enfant?
Mais surtout, au-delà des questionnements habituels - “quelle profession choisira-t-elle, quels seront ses traits”, je me demande quelle sera sa sphère amicale, adolescente, puis adulte.
Nous lui présentons des enfants de son âge. Ou un peu plus jeunes. Des enfants de nos amis à nous, de ceux que nous fréquentons aujourd’hui, et que nous continuerons sans aucun doute à fréquenter. Quand je la vois jouer avec ma filleule, de quelques années sa cadette, je sais que c’est une personne qui restera dans son entourage, parce que ses parents resteront dans notre entourage à nous.
Que deviendront-elles, ensemble? Les meilleures amies, et meilleures confidentes du monde, comme je le suis avec sa mère? Des soeurs de coeur, qui se retrouveront aussi souvent que possible pour partager leurs idées, leurs envies, leurs projets, leurs secrets, leurs rêves et ce qu’elles ne voudront pas nous dire à nous? Ou alors continueront-elles à se voir sans pour autant se rapprocher, parce qu’elles prendront des chemins différents?
Il me reste une seule amie d’enfance. Dont j’ai des photos depuis toute petite, depuis que nous sommes en couche culottes. Elle est à l’autre bout du monde, et finalement, même si nous avons des nouvelles l’une de l’autre via différents moyens (dont nos blogs respectifs), nous communiquons peu. Mais lorsque nous nous revoyons, c’est comme si nous nous étions quittées la veille, et je crois que c’est l’un des signes de l’amitié indéfectible.
J’ai hâte, je crois, de les voir plus âgées. De les voir évoluer. De savoir si ce que nous leur offrons portera ses fruits, ou si elles se dirigeront sur d’autres chemins, de ceux insoupçonnables pour nous. Et surtout, je me réjouis de partager cela avec elles…et leurs parents!
7 Janvier: surprise…
Surprise de rebondissements interminables professionnellement parlant, dont il vaut mieux éviter de parler ici. Mais qui annoncent un week-end de réflexion, et surtout pas forcément tranquille.
Surprises de confidences de la part d’une personne qui m’est importante, mais dont je n’attendais pas ce genre de paroles. J’en suis touchée, j’ai besoin de digérer aussi, non pas qu’il y ait eu des révélations fracassantes, mais se retrouver détentrice d’informations m’oblige à réfléchir à mon statut.
Et surtout surtout, RTT surprise; à midi après avoir entendu qu’une fois encore, l’activité de l’agence était au point mort, j’ai décidé en une heure de prendre mon après-midi. De m’octroyer cette liberté, cette escapade, de m’offrir un week-end anticipé, même si la fin de journée a été bien occupée. Mais à des activités importantes, nourrissantes, agréables, et ça n’a pas de prix.
Et j’espère pouvoir encore m’offir de nombreuses surprises ainsi….
Voui je sais, je suis un peu à la bourre, mais toujours là…
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10.12.2010 par Flo.
9 Décembre: j’écris en capitales un projet minuscule…
Non. Pas de projet minuscule. Je suis dans une phase de ma vie où je n’ai guère de projets minuscules, et où chaque nouvelle étape est un moment important et charnière.
J’ai des envies, des projets, beaucoup, parfois contradictoires. Qui mériteraient d’être tous écrits en capitales, mais dans ma culture geekette depuis quelques années, écrire en capitales, c’est crier. Or je n’ai pas envie de crier ces projets. Tout juste les chuchoter, les apprivoiser, trouver les mots qui leur conviennent, pour leur permettre de prendre forme.
Je fais la rebelle, finalement, en ne suivant aucune instruction de ce qui m’est demandé aujourd’hui. Et avec mon syndrome de bonne élève stressée, je me demande qui va me mettre une mauvaise note?
10 Décembre: de l’eau…
J’ai longtemps cru que je serais incapable de vivre ailleurs qu’au bord de l’eau. Née au bord du lac, où j’ai passé toute mon enfance, mon adolescence, je ne me lassais pas de la vision de cette immense étendue liquide, changeante, vivante, qui accompagnait mon quotidien de ses couleurs et de son humeur.
Puis vint Paris, ma tristesse à n’avoir que la Seine, ou la Marne, et mon manque aquatique accentué par la récurrence du béton.
Ensuite, la Méditerranée. Enchanteresse hors saison dont je me régalais, et que je fuyais en été, prise d’assaut par des hordes de touristes. J’en profitais tôt le matin, tard le soir, mais jamais en journée.
Et curieusement, avoir vécu plusieurs années à son contact m’a permis de me rassasier. Je retrouve l’eau avec un immense bonheur, mais je peux désormais envisager de rester dans ma nouvelle ville, sans avoir de lac ou d’océan à proximité.
De l’eau également pour me réveiller le matin, en buvant frais, pour m’endormir le soir, en me douchant chaud. De l’eau comme élément principal, celui dans lequel je suis le plus à l’aise, celui dans lequel je me réfugie lorsque les tensions se font trop intenses.
Ce week-end justement, projet de piscine avec Miss Blondinette. Pas pour faire des longueurs, ça fait longtemps que je ne m’y suis pas astreinte et à moins de ne pas avoir le choix, ce n’est toujours pas mon activité préférée. Mais le plaisir de m’immerger, de sentir les muscles se relâcher, et de retrouver le cocon, le liquide qui me régénère.
De l’eau ce soir enfin pour un dernier thé, avant d’aller me coucher, le temps de relire ce billet…
Flux et reflux cristallin…Je vous devais bien une photo pour habiller ce billet…
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29.11.2010 par Flo.
27 Novembre: armé comme du béton…
Plus jeune, j’avais une carapace. Créée j’ignore comment, parce que j’ai eu une enfance plutôt idyllique, un cocon familial stable et plaisant, et un univers où tout m’était offert.
J’ai passé l’adolescence sans réelle révolte, mais dans un enfermement progressif, sur moi-même et par rapport aux autres. J’ai toujours su être présente en société, mais je me forgeais inconsciemment cette carapace bétonnée, remplie de peurs, d’angoisses, de doutes et de terreurs. Un peu comme si, en m’enfermant, je les clôturais avec moi, et ne pouvais plus m’en débarrasser.
Cette armure s’est fendillée à la fac, grâce à des amis qui ont eu la patience de me prouver que la vie au-dehors n’était pas si terrible que ça. Et surtout que j’avais, paradoxalement, les armes pour m’y frotter.
J’ai vécu l’insouciance d’un agréable quotidien de très jeune adulte, ou adolescente tardive, grâce à ce nouvel univers, à la fois ouvert mais également protégé et sécurisé, où j’avais posé mes repères, les cours, les profs, les lieux, ma ville que je commençais enfin à connaître.
J’ai fini par m’exposer passé la vingtaine, en envoyant tout voler d’un coup. Le cocon parental, mon pays, je suis partie brusquement, sans prévenir personne de mes intentions à long terme qui étaient pourtant déjà claires dans mon esprit. Enfin quelqu’un avait réussi à percer mon armure, j’y ai laissé des plumes et ô combien, mais fort heureusement, jamais je n’ai remis en question cette mise à nu, cette prise de risques.
Depuis plusieurs années, au travers de tout ce que je traverse et tous les changements, bouleversements que j’ai vécus, j’ai appris à laisser le béton s’effriter. J’ai compris que ce qui ne tue pas rend plus fort, et que ce n’était pas en me fermant aux autres que j’y parviendrais, mais en acceptant ce que cela provoquait en moi, et en le soignant….
28 Novembre: détails du plafond…
Depuis quelques semaines, je scrute chaque recoin des pièces que je traverse à la recherche des araignées sournoises qui pourraient s’être planquées chez moi, même si nous habitons en appartement, en ville, au 3ème étage. Entre elles et moi, c’est une guerre dans laquelle je ne combats pas, puisque lorsque j’en déniche une, j’émets un râle, me réfugie dans le couloir et appelle mon homme au secours pour qu’il m’en débarrasse.
La dernière en date a été particulièrement douée, elle a dû comprendre qu’elle n’aurait pas sa chance au plafond. Elle s’est donc plantée dans la salle de bain, sur le mur, droit en face de moi dans la douche. Et pourtant, j’ai mis un bon moment avant de l’apercevoir. Je m’étonne encore de ne pas avoir provoqué une catastrophe en série (du type glissade, lâchage de savon, agrippage de rideau et inondation de la pièce). J’ai hurlé, la cavalerie a débarqué affolé, et je me suis défendue par un “elle est vraiment très grosse et pas belle du tout”. Et j’avais raison, d’abord!
Je ne suis pour autant pas assez assidue à virer toutes les petites toiles qui traînent dans les recoins inaccessibles. Du moment que leur habitante ne les occupe pas (ou qu’elle est assez intelligente pour se planquer en mon absence, au choix), je laisse aller, ou j’attends d’être prise d’une frénésie de ménage, ce qui arrive à peu près tous les 30 février, pour me mettre à passer l’aspirateur à l’envers. On marche sur la tête.
Bon, et sinon chez nous, il n’y a ni dorure, ni peinture, ni tapisserie au plafond (véridique, je l’ai vu). C’est bêtement blanc, un peu sale et parfois crépis. Il ne faut pas exagérer non plus, ce n’est pas chez nous autrement qu’en location, et nous n’avons pas collé de petites étoiles qui brillent dans le noir…
29 Novembre: rues…
Il y a celle en bas de chez moi. Bordée de platanes, et si somptueuse en automne. Dans laquelle je guette le printemps, les premiers bourgeons, les premières fleurs. J’aime ce tunnel vert, ou rouge flamboyant selon la saison, qui m’amène jusqu’à mon cocon, notre chez nous.
Il y a celles du boulot. Zone industrielle, béton et froideur. Mon seul bonheur, c’est de découvrir le ciel qui s’embrase, au matin ou le soir, dans les vitres des bâtiments. D’un coup, flash dans l’oeil et chercher d’où vient cette lumière si soudaine. Dégradés de roses, rouges, oranges, flammes qui amènent de la couleur dans le gris. Du baume au coeur pour aller travailler, ou parce que la journée est finie.
Rues que je traverse dans mes trajets quotidiens. Des chauffards à n’en plus finir, que ce soit en rocade ou le long du fleuve, raccourci qui n’en est plus un. Ruelles de ma ville, briques rouges et petites impasses, au détour d’un bâtiment s’ouvre une porte cochère et derrière, j’ai juste le temps d’admirer les cours intérieures des fabuleux hôtels privés qui se nichent ça et là et ne se laissent dévoiler dans leur pudeur que par hasard.
A pied, je fuis les boulevards et cherche l’intimité, loin de la foule et du bruit. En voiture, je vais au plus direct, et j’essaye de guetter, même derrière le volant, les moments magiques qui se présentent à moi dans n’importe quelles circonstances…
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25.11.2010 par Flo.
22 Novembre: il suffirait de trois fois rien pour…
Pour trouver de l’inspiration.
Pour me lancer et écrire ce qui me passe par la tête.
Pour m’énerver une bonne fois pour toutes (?)
Pour m’apaiser
Pour sourire
Pour pleurer aussi
Pour commenter, pour me taire
Pour parler encore, pour hausser les épaules
Il suffirait de trois fois rien pour que le chemin que je choisis ne soit pas le même. Je suis dans ces périodes où l’on sent que chacun de nos actes, paroles, pensées, influe sur notre futur.
Il suffirait de trois fois rien…mais je ne l’ai pas fait, et j’ai fait autre chose.
22 Novembre: séduction de…
Pour les leçons, passez votre chemin. J’ai dû perdre la notion de séduction à mon adolescence, et je la retrouve à peine. En ce qui me concerne, parce que je sais par contre très bien détecter chez les autres ce qui est de l’ordre de la séduction, naturelle ou artificielle. Du moment que je suis spectatrice extérieure.
Je regarde Miss Blondinette et je la vois si à l’aise avec son monde, son public. Consciente de ses sourires, charmeuse et joueuse, séductrice enfantine et innocente. J’étais comme elle à son âge, je crois. Je me souviens que je menais mon entourage à la baguette, et que je savais qui je pouvais faire fondre, et auprès de qui ce serait plus compliqué.
Je joue de ma séduction retrouvée (un peu de confiance en moi?) chaque jour au travail. Il faut bien tirer un avantage à être une fille dans ce monde d’hommes. Ca m’amuse, tout autant que ça amuse mes collègues. Nous connaissons nos limites, et nous en rions ensemble. Quant à mon Yaka, je bénéficie avec lui d’une immunité dont je suis la première étonnée. Séduction sans doute, mais une forme de réel masochisme de sa part, puisque je ne l’épargne pas. Sans doute un bonus lié à mon statut, mais pour combien de temps encore…
24 Novembre: j’étais un animal quand…
Nous avions mis le voilier à la cape depuis quelques temps déjà, et certains d’entre nous étaient descendus à l’eau. Plus loin, nous avions repéré un troupeau de globicéphales, et nous voulions voir comment ils se comportaient.
Je me transformais en poisson, là au milieu de nulle part, à des milles au large de Nice et de la côte. La houle était notre seul horizon, je voyais la coque du voilier monter et descendre, et sous mes pieds, au-delà de la lumière du soleil, il y avait l’obscurité et des centaines de mètres. C’était une sensation déroutante de vertige dans l’eau, celle de ne pas pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit, et de ne pas pouvoir voir le fond, le bout.
J’ai mis la tête sous la surface, masque et tuba, et entendu que là-bas, plus loin, ça papotait. Cliquetis et sifflements, le troupeau communiquait et nous n’en percevions qu’une infime partie.
Sur le bateau, notre capitaine les tenait à l’oeil: ils étaient nombreux, on avait repéré des petits, il fallait rester prudents, et surtout calmes. Deux d’entre nous étaient déjà remontés à bord, ne parvenant pas à assimiler le manque de repère au milieu de nulle part, et ces animaux que l’on savait bienveillants, mais qui étaient aussi à l’état sauvage, et donc imprévisibles.
Nous sommes longuement restés, le troupeau s’est un peu approché, à distance raisonnable. J’ai fini par les voir, de loin, sous l’eau, des formes sombres qui se mouvaient avec grâce, et toujours ces paroles et cliquetis. Ils ne s’approcheraient pas plus, mais n’étaient pas partis non plus.
Nous avons fini par tous retourner à bord. Et rester sur le pont, avec les jumelles, et pour certains des appareils photos avec de gros objectifs. Les dos apparaissaient, disparaissaient, et les plus petits ont fini par s’enhardir, plus curieux sans doute que la moyenne. Puis les plus âgés, jusqu’à ce que d’un coup, ils soient là, à portée de main, devant le bateau, sous le bateau. C’était magique.
Je n’avais pas envie de quitter ce spectacle des yeux, et pourtant je savais mon appareil en bas, dans la cale. J’ai fini par me décider, après tout, le temps de descendre les 6 marches de l’échelle, aller jusqu’à mon sac, et remonter, ils n’allaient pas partir non?
En bas, je me suis approchée de mon sac, dans ma banette collée contre la paroi. Je les entendais d’ici aussi, de façon amplifiée, caisse de résonance de la coque, cette sensation d’être dans un autre univers.
Et puis je ne sais exactement ce qui est arrivé. Il y avait un jeune, tout près de l’autre côté de la paroi, m’ont dit mes camarades ensuite quand je suis remontée. Qui a senti ma présence, bien entendu. Et qui a fait avec moi ce qu’il fait avec tous ses congénères: il m’a sondée. Des pieds à la tête, du cheveux au moindre poil, il m’a localisée, il m’a vue, il m’a entendue, il m’a parlé. J’ai senti cette onde, cette énergie, cette puissance déferler sur moi et en moi comme un raz de marée, je me suis sentie vidée puis remplie à nouveau, je me suis sentie animale parmi les animaux. C’était incroyable, une sensation jamais renouvelée, mais jamais retrouvée aussi.
L’espace d’un instant, j’ai été en contact profond, intense avec cet être-là.
Et il m’a transformée.
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18.11.2010 par Flo.
Je l’ai déjà raconté ici je crois, ma chère maman à moi a loupé sa vocation de documentaliste.
Ce qui fait que régulièrement, je reçois avec ses mails des pièces attachées, articles scannés, photos ou autres pépites trouvées dans les journaux qu’elle lit, et susceptibles de m’intéresser. Sur les sujets qui me tiennent à coeur, les gens que je connais, les événements marquants de ma région natale.
Je vous passe la pile d’articles découpés et soigneusement conservés physiquement pour mes visites. Et qui ne valent pas forcément un envoi mail, mais qui sont posés sur le lit à mon arrivée. J’ai de la lecture pour mes vacances.
L’autre jour donc, je reçois de sa part un article sur la nouvelle conservatrice d’un musée qui commence à être connu et se situe à 2 pas de chez mes parents. Que j’ai un petit peu fréquenté, étant à l’époque très proche du milieu Histoire de l’Art et étudiants associés.
Commentaire de ma maman “tu dois connaître cette fille, au moins avez-vous dû vous croiser dans les couloirs de la Fac, elle a ton âge et a suivi quasiment ton cursus”. Et belle photo juste à côté d’une jeune femme classe, robe noire, chignon et beau diamant.
Ah ben oui. Ca oui, je la connais. Reconnais du moins. Je me souviens bien de son prénom, plus du tout de son nom qui n’était pas celui de la légende, mais “maman de 2 petites filles” me suggère bien qu’un mariage et un changement de nom de famille sont passés par là, et qu’importe après tout.
On se croiserait aujourd’hui dans la rue, on ne se claquerait sans doute pas la bise, et j’ignore même si elle se souviendrait de ma tête et de mon prénom.
J’ai longuement regardé cette photo, partagée par les sentiments difficilement explicables qui m’habitaient. Déjà, j’avais beau savoir que cette femme avait le même âge que moi, rien que l’idée de l’appeler “femme” signifiait que j’acceptais qu’on m’appelle de la même manière aussi, et ça me semblait totalement incongru. Si j’avais dû me représenter à sa place, je me serais attendue à une photo d’une adolescente d’une vingtaine d’années, pas bien dans ses baskets et sûrement pas photogénique, encore moins en robe noire et chignon.
Et puis ce genre d’apparition, de référence à ma jeunesse, ça pointe du doigt tous les carrefours que j’ai pris, qui ont fait qu’aujourd’hui je suis au poste que j’occupe, dans le pays que j’ai choisi. Autrement dit: après les études que j’ai suivies, clairement pas le “boulot type” et “lieu imaginé” qui aurait collé à la définition première.
Pas un instant, pas une nannoseconde, je ne peux imaginer revenir sur mon exil. Choisi. Assumé. Douloureux bien des fois, mais conscient et volontaire. Ce choix de changement de pays était une telle évidence dans ma vie que je suis totalement incapable de me projeter adulte et à mon âge, dans mon pays natal. C’est tellement puissant que je ne sais pas comment l’exprimer autrement.
Sauf dans ces situations. Où en quelque sorte, on me pose devant les yeux un univers parallèle. Ces articles, ces images, me disent “tu vois, si tu étais restée, c’est ce que tu aurais pu être. Devenir. Ou du moins, dans cet univers-là que tu aurais gravité. Tout ce réseau social que tu as abandonné”.
Encore une fois, si je dois formuler un seul regret, il peut sans doute que concerner une forme d’échec professionnel. Qui ne devrait pas durer d’ailleurs et je l’espère, si enfin je me décide à me mettre en route. Mais nullement un échec personnel. C’est juste cette sensation très perturbante de schizophrénie, ou dédoublement du passé/présent, qui me donne un drôle de goût dans la bouche, et une drôle d’impression. Ni positive ni négative.
Comme un énorme point d’interrogation….
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